Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lundi, 23 mars 2009

Ni pute, ni soumise et en jupe !

la_journee_de_la_jupe_7.jpgSi pour vous un bon film français vous semble relevé plus de l'oxymore que du pléonasme, allez donc voir La journée de la jupe écrit et réalisé par Jean-Paul Lilienfeld. Sortis sur les écrans le 25 mars et diffusé sur Arte vendredi 30 mars (le nouveau record absolu d'audience de la chaîne franco-allemande : 2,2 millions de téléspectateurs, soit 9,6 % de part d'audience), ce film relate un cours de français dans un collège difficile (comprenez agressions, racket, insultes, dégradations, harcèlement physique et moral, j'en passe et je zep...pardon zappe) qui tourne court puisque la prof, Sonia Bergerac (Isabelle Adjani), suite à une altercation avec des élèves, décide de prendre en otage une partie de sa classe. Alors que le RAID encercle le collège, que les médias débarquent, le cours va pouvoir commencer....

Lire la suite

vendredi, 13 mars 2009

L’homme des hautes peines

gran-torino-teaser-poster.jpg

Force est de constater que Clint Eastwood est comme le vin : il se bonifie avec l’âge. A 78 ans, le pistolero favoris de Sergio Leone signe – en tant qu’acteur et réalisateur – un de ses plus beau film et peut-être le dernier : le désenchanté Gran Torino.

 


Ainsi, Walt Kowalski, un vétéran de la guerre de Corée, aigri, veuf et pétri de préjugés xénophobes, se prend d’affection pour un jeune voisin coréen (Tao) qu’il va tenter de préserver de la délinquance. Le retour de l’inspecteur Harry Callahan ? Au nom de la complexité de l’âme humaine, Eastwood, semble plutôt vouloir corriger le tir sur de la longue lignée de justiciers urbains et d’anges exterminateurs qu’il a semblé engendrer. Comme le souligne Jean-Baptiste Thoret « Magnum Force fut une réponse au fascisme supposé de Dirty Harry, L’Epreuve de force, un démenti de sa misogynie, Josey Walses hors-la-loi, la preuve de son humanité… Jusqu’à ce film (Impitoyable) où son œuvre, alors archi-connue et indiscutée, crépusculaire et majestueuse, s’est mise à vibrer à l’instinct sûr du vieux sage qui peut tout se permettre. Eastwood est aujourd’hui le seul cinéaste américain capable de relier d’un même geste le classicisme absolu et l’efficacité de la série B, Ford et Siegel (ses deux mentors), la rapidité de l’exécution et l’intelligence du propos. »

 

 

 


La photographie, à l’instar de celle de Million Dollar Baby, est magnifique. A la simplicité du réel filmé par une main de maître (le quartier et la ville actuels sans superficialité) succède un jeu d’ombre et de lumière faisant ressortir toute la tristesse et le désespoir du vieux Walt et de ceux qui l’entoure. Le clair-obscur permettant de ne pas tout montrer au spectateur et de demeurer allusif, sans trop appuyer le propos. L’amitié naissante entre les deux voisins permettra au vieil homme, fatigué de ce monde qui n’est plus le sien, de sortir de sa sombre solitude et d’apprendre à aimer de nouveau.

 


Pas de malentendus. Comme le dit son biographe et ami de trente ans Richard Schickel, ancien critique à « Time Magazine », « la plupart des gens, avec l’âge, se referment sur eux-mêmes ; Clint, lui, n’a fait que s’ouvrir. »

 


Le personnage de interprété par Eastwood est parfois une comédie à lui seul, tout en grimaces, insultes racistes, clichés et aussi étonnement ravis (voir comment il englouti les plats de vieilles femmes coréennes). On le voit, par ailleurs, insulter son coiffeur juif qui le traite en retour de Pollak dans une joute assez drôle. Walt considère cela comme l'échange viril par excellence. Mais, derrière l’apparente tranquillité de vivre se cache la dureté du quotidien pouvant engranger la haine et la vengeance. Froide et implacable. Pour faire de son jeune compagnon un homme, faire disparaître le gang asiatique qui le persécute sera plus qu’une nécessité, une ultime raison de vivre. Toujours aussi classe, Clint est néanmoins fatigué : la rédemption prendra le pas sur le 357 Magnum.

 


Eastwood a-t-il voulu signifier un clin d’œil à son maître John Ford en faisant de sa voiture (Gran Torino modèle 1972, l’année de L’inspecteur Harry) la persistance de cette tragédie comme le cinéaste des grands westerns la persistance de sa vision tragique du monde ? Le voleur acquiert dans la tristesse, en fin de compte, ce qu’il avait essayé de dérober dans la peur. L’œuvre de Clint Eastwood n’est pas pessimiste mais réaliste : la mort est le seul destin auquel personne ne peut échapper, malgré l’amitié, malgré l’amour. Fuir est vain.


Thoret enfin : « Ce film, qui brasse tous les grands thèmes estwoodiens (la filiation, la justice, la croyance, l’ouverture à l’autre, la communauté d’armes contre celle de sang…), réconcilie enfin cette Amérique qui nous enrage avec celle qui nous émeut. »


La voix cassée du vieux Clint chantant le thème de Gran Torino au générique de fin (la musique du film est co-signée par son fils Kyle Eastwood) vous hantera longtemps.

 

Sylvain Métafiot



Pour poursuivre la réflexion, lisez l’analyse politique du film par Sylvie Laurent sur l’excellent site La Vie des Idées : http://www.laviedesidees.fr/Clint-Eastwood-ou-les-grognem...

jeudi, 05 mars 2009

Le chien Indien casse la baraque

slumdog-millionnaire.jpg

 

Sortis il y a maintenant plusieurs semaines, Slumdog Millionaire, n’en finis pas d’attirer les cinéphiles et néophytes dans les salles obscurs. Pourquoi cet engouement pour un film tourné en Inde avec des acteurs inconnus et adapté du livre Q and A de Vikas Swarup par Simon Beaufoy (The Full Monty) ? L’effet Oscars sans doute : après avoir raflé pas moins de 8 statuettes dorées dont celle du meilleur réalisateur pour Danny Boyle (Trainspotting et 28 Jours plus tard c’est lui) et celle du meilleur film, il reste à l’affiche de nombreux cinémas ou refait son apparition à l’écran comme par magie. Et on ne va pas s’en plaindre ! Mais le phénomène est antérieur.

Lire la suite

dimanche, 25 janvier 2009

L’esprit de Central City

hrthespiritoutdoorposteqs2.jpg


Dans la ville de Central City, celui que l'on appelle le Spirit (Gabriel Macht) fait sa loi : ancien flic mort lors d'une enquête, il est sorti de la tombe pour régler ses comptes et chasser la vermine qui grouille dans les rues ! Mais bientôt le justicier masqué se voit confronté à différentes femmes fatales, créatures de rêves qui l'aideront ou s'opposeront à lui dans sa lutte contre le terrible Octopus (Samuel L. Jackson)...

 

Après avoir coréalisé le sublime Sin City en 2005 avec Robert Rodriguez, avoir vu son Batman adapté sur grand écran avec l’éblouissant Dark Night, et après avoir été consultant de Zack Snyder lors du tournage de 300, Franck Miller, pour sa première réalisation, nous livre une libre adaptation du classique de la bande dessinée née sous la plume de Will Eisner (un de ses maîtres et ami) : The Spirit. Un film fou mais qui semble manquer de rigueur cinématographique. La bande originale est portée par une composition musicale exceptionnelle et variée de David Newman.

 

Dans la suite de l'article, la bande annonce et la critique du film.

Lire la suite

dimanche, 28 décembre 2008

Au feu les tarés !

burn_after_reading.jpg

 

Cela pourrait être le cri du patron de la CIA, passablement effondré que « l’intelligence » américaine se réduise à peau de chagrin.

 

Burn After Reading ? Un concentré d’abrutis finis tous plus en-dessous du dessous que le voisin. De l’ancien espion de la CIA, alcoolique et éructant des sublimes « fuck » toutes les trente secondes ; au prof de gym neu-neu, les écouteurs greffés aux oreilles, une paille greffé à la bouche et une coupe de cheveux (mon Dieu quelle coupe ! 80’ forever) greffé à la tête ; en passant par un agent obsédé sensiblement parano, le dernier film des frères Coen nous livre, sur un plateau marshmallow, un ramassis de ratés attachant et drolissimes à souhait.

 

Pas sûr, cependant, que cela en fasse un grand film…

Lire la suite

dimanche, 14 décembre 2008

Mesrine, une légende autoproclamée

mesrine.jpg

 

Jacques Mesrine appartient à l’imaginaire français, celui de la France de la guerre d’Algérie et de Valéry Giscard d’Estaing, des quartiers de haute sécurité (les fameux QHS), du grand banditisme et de la Gauche révolutionnaire. Alors, comment le réalisateur Jean-François Richet (Ma 6-t va crack-er et le remake du film de John Carpenter Assaut sur le central 13, c’est lui) et l’acteur Vincent Cassel ont-ils retranscrits la vie de cet homme ? Icône de la rébellion, beauf provocateur, gangster assassin, Robin des bois, pourfendeur du système étatique ? Richet filme le célèbre gangster français « tel qu’il était et non tel que j’aurais aimé qu’il soit » selon ses dires. Le film retrace 20 ans de sa vie en deux parties (L’Instinct de mort et L’Ennemi public n°1).

 

A l’heure des biopics (la retranscription cinématographique de la vie d’une « personne d’exception »), Richet à su se démarquer remarquablement de la masse (Coluche, Sagan, etc.) en décrivant un homme toujours situé en marge des corps constitués, qu’il s’agisse de la société, qu’il ne cesse de brocarder en paroles et en actes, des groupuscules révolutionnaires (dont il n’épousera jamais les idéaux, même si, avant son assassinat, il projetait de rencontrer les Brigades rouges) ou du milieu, dont il se tiendra constamment à l’écart. Selon Richet, « Mesrine est un homme qui s’est construit dans la négation ».

 

 

 


Les évènements (braquages, enlèvements – dont un propice à une bonne séquence de rigolade, arrestations, séjours en prison, etc.) s’enchaînent au pas de charge, épousant l’instinct sûr et mortifère de son personnage. Richet s’en tient strictement aux faits avérés et à l’autobiographie romancée (L’instinct de mort, 1977), écrite par Mesrine lui-même dans sa cellule de la prison de la Santé, quelques jours avant son procès. Richet à l’intelligence de ne pas politiser son sujet : égoïste, réfractaire à toute forme d’autorité et de responsabilité (la famille, lieu étouffoir), Mesrine, en convertissant l’argent volé en bijoux et aux autres grosses cylindrées, ne s’attaque pas au capitalisme, mais le flatte, comme lui fait justement remarquer Charlie Bauer, un activiste d’extrême gauche avec lequel il fricotera à la fin des années 1970. Comme le remarque Jean-Baptiste Thoret : « Le réalisateur maintient toujours un écart entre son « héros » et ces luttes armées qui constituent le bruit de fond des années 1970 (on entend partout le coup d’Etat de Pinochet, l’assassinat d’Aldo Moro, les violences de la bande à Baader, etc.). »

 

A propos du style, le réalisateur explique : « Dans L’Ennemi public n°1, Vincent Cassel pèse 20 kg de plus. Ce n’est plus le même corps, les mêmes mouvements, le même coffre. L’Instinct de mort est un film de stratégie et de facture très classique, de la famille des films de Melville, celui du Cercle rouge. L’Ennemi public n°1 possède une structure anarchisante, presque expérimentale, qui colle alors à ce que devient Mesrine. Comme modèle, j’avais en tête le souvenir, flou mais persistant, du French Connection de Friedkin. »


La ressemblance de l’acteur avec le bandit est en effet saisissante. Cela fait penser, toutes proportions gardées, à Robert De Niro incarnant Jake La Motta dans le chef d’œuvre Raging Bull. Mais, la comparaison s’arrête au plan physique : Cassel n’est pas De Niro, Richet n’est pas Scorsese.

 


 

 

Jean-François Richet reste toujours au plus près d’un personnage déterminé et naïf, courageux et parfois ridicule, tragique et très consciencieux qui ne sera jamais tenté par devenir « le chef » ou le représentant de la lutte gauchiste de l’époque. Pas le moindre plan d’un citoyen lambda venant dire à la caméra sa solidarité avec Mesrine. L’homme ne représente personne d’autres que lui-même (à l’exception des QHS, qui le révulsent, seul son destin le préoccupe), parti pris qui protège le film du risque de l’édification et de la glorification.

 

« N’ayant pas de fascination particulière pour le personnage, je me suis attaché à l’être humain, ni plus ni moins », avoue Richet, ajoutant « J’ai tenu à montrer qu’il n’y a pas de héros dans le gangstérisme ». Mesrine ? Un beauf avec un flingue qui écrit sa propre légende (dans son bouquin il revendique 39 meurtres, ce qui est faux pour 37 d’entre eux) ; qui ne doit, cependant, pas vous empêcher de le découvrir sur grand écran.


Sylvain Métafiot

dimanche, 30 novembre 2008

A Rock’n’roll movie, baby !

rocknrolla.jpg

 

Le titre est plus qu’explicite : le film concerné n’est autre que Rockn’rolla, le dernier film de Guy Ritchie. Rappel des faits, ce petit prodige est le réalisateur du génialissime Arnaques, crimes et botanique et du Tarantinesque (ou Tarantinien, à chacun son néologisme) Snatch. Il compte également de belles daubes dans son tableau de chasse, dont le remake d'une comédie italienne des années 70 qui porte bien son nom (A la dérive) et Revolver, intéressant sur le papier, avec de bonnes séquences de guns-fights mais totalement démesurés dans sa trame au point que le film échappe au réalisateur de façon pitoyable. Mais revenons à notre sujet : le bien nommé Rockn’rolla.

 

Synopsis : Caïd londonien, Lenny (Tom Wilkinson ) travaille à l'ancienne. Ce qui ne l'empêche pas de savoir à qui graisser la patte et de pouvoir faire pression sur n'importe quel ministre, promoteur immobilier ou malfrat en vue. D'un simple coup de fil, Lenny est capable de soulever des montagnes. Mais comme le lui dit Archy (Mark Strong), son fidèle lieutenant, Londres est en train de changer : les mafieux des pays de l'Est, comme les petits voyous, cherchent tous à bouleverser les règles du milieu : Uri Omovich (Karel Roden, le Raspoutine du premier Hellboy), milliardaire russe veut conquérir la capitale. Désormais, c'est toute la pègre londonienne, des gros bonnets aux petits poissons, qui tente de se remplir les poches en se disputant le coup du siècle. De leur coté, Cookie (Matt King ), One Two (Gerard Butler, le roi Leonidas de 300), Mumbles (Idris Elba) et Handsome Bob (Tom Hardy) sont des petits truands qui se font appeler « La horde sauvage », ils pensent se recycler également dans le secteur de l'immobilier et abandonner les petits trafics minables. Tous ces individus louches vont voir leurs destins basculer à cause d'un seul homme, le rockeur toxicomane Johnny Quid (Toby Kebbell ) qui tombe raide dingue d'un simple tableau, le seul problème étant que ce tableau appartient à Uri Omovich...

 

Cliquez ici pour lire la suite de l'article : la bande annonce et ce qu'on en a pensé !

Lire la suite

samedi, 18 octobre 2008

Don Vito Corleone n’a pas de soucis à se faire

Gomorra (mélange entre la référence biblique Gomorrhe et Camorra), le film (2h30) de Matteo Garrone fut salué au dernier festival de Cannes et connu un large retentissement critique. Avant d’être un film, Gomorra est un livre (un roman-enquête pour être précis), celui de Roberto Saviano, aujourd’hui menacé de mort et vivant sous haute protection. A travers cette adaptation cinématographique nous plongeons au cœur de la mafia napolitaine de façon ultra-réaliste et malsaine. Exit donc le coté glamour des films de gangsters façon Le Parrain, Scarface, Casino, Les Affranchis, etc. Bon point vous vous dites. Seulement, ces films là sont des chefs-d’œuvre du genre, ce que Gomorra, malgré ses qualités n’est pas, loin de là.

 

wallpaper-del-film-gomorra-68164.jpg

L’avantage de ce film est qu’il montre qu’il ne suffit pas d’être au plus près du réel pour s’inscrire dans le panthéon du cinéma. Ce serait même contradictoire : le meilleur film de fiction serait un documentaire, autrement dit, son contraire. On aurait aimé l’un ou l’autre. Mais, se réclamant du réalisme absolu Garrone n’a rien d’autre à nous proposer. Par ailleurs, la volonté de chasser toute dimension dramatique cinématographique du film se ressent lorsque deux gamins se prennent pour Tony Montana (le héros du Scarface de De Palma) et déconnent grave. Pourtant la réussite des classiques du gangster movie est qu’ils accédaient, via la fiction, des modèles (Shakespeare et Ulysse dans Le Parrain) et l’identification – empathique ou dégoutante – d’un personnage (Robert De Niro, Al Pacino, Marlon Brando…), à la vérité de la Mafia et de ses hommes.

 

Filmant ses protagonistes de haut avec antipathie, Garonne confond réalise et vérité, ce qui nous amène au second problème.
Ainsi, l’autre élément dérangeant, et non des moindres, est qu’on ne voit pas vraiment ce qui fait la spécificité de la Camorra, ce qui la différencie de n’importe quelle autre organisation criminelle dans le monde. On pourrait très bien être dans un bidonville de Rio, un quartier pauvre de New-York, une cité malfamée de Johannesburg ou une zone de Tokyo. A trop vouloir se contenter de la « simple » brutalité des images on n’apprend absolument rien sur l’organisation de la mafia napolitaine. On sait, par exemple, que la Cosa Nostra (mafia sicilienne) est « verticale » et soumise à une stricte hiérarchie dominée par les fameux « parrains ». On en déduira que la Camorra est « horizontale », gangrénant tous les niveaux de la société (de la rue, du quartier, du conseil d’administration, de la chambre de commerce, etc.) et toutes les pauvres âmes en quête de fric (du gamin des rues à la grand-mère, du bellâtre au patron véreux, etc.).

 

« Rien ne leur échappe, selon Antonio Fischetti, les camorristes sont des épiciers du crime qui ont réussi. Allez à Naples, postez-vous dans la rue, et regardez n’importe quelle scène. Si une trentaine de personnes se trouvent sous vos yeux, vous pouvez êtres sûr que dans le lot, il y a un ou plusieurs membres de la Camorra. »

 

En suivant le destin de plusieurs personnages (les deux ados débiles, le gamin des rues, le « distributeur » de fric, le responsable des déchets, le couturier stressé) on en oublie la corruption globale du système et la question politique. A trop vouloir porter son regard sur différentes composantes insignifiantes de l’organisation, on ne perçoit quasiment rien. Le regard flotte dans le flou.


En somme, un film étouffant où l’on prend certes plaisir au « gangstérisme scénique » (les fusillades c’est toujours excitant) mais dont le réalisme plat nous laisse frustré et aussi ignorant qu’en début de séance sur l’une des organisations mafieuses les plus dangereuses de notre temps. Dommage…

 

 

Sylvain Métafiot

 

lundi, 13 octobre 2008

Mélancolie New-Yorkaise

C’est de cette façon que l’on pourrait traduire The Wackness, le deuxième film indépendant de l’américain Jonathan Levine (après All The Boys Love Mandy Lane) et récompensé par le prix du public au festival de Sundance.

 

wackness-newposter-big.jpg

 

Encore un film de gosse mal dans sa peau qui tente de s’en sortir ? C’est le postulat de départ en effet mais ici le ton ne tourne pas au misérabilisme névrotique ou à la comédie débile. Scotchés aux baskets du « héros », Luke Shapiro (Josh Peck), nous allons suivre sa rencontre avec le Dr Jeffrey Squires (Ben Kingsley excellent). Le 1er est un jeune dealer d’herbe fraîchement diplômé du lycée, en proie à une douce tristesse : uniquement vu comme le fournisseur officiel d’herbe pour les fêtes étudiantes, il se sent seul. Il n’a jamais vraiment eu d’expérience sexuelle concluante. Ses parents sont en perpétuel conflit, et risquent de se faire expulser de leur appartement New-Yorkais. Le 2nd est un psy qui monnaye ses séances contre quelques grammes de marijuana. Son couple bat de l’aile (Famke Janssen en épouse froide comme son carrelage) et sa cinquantaine n’est pas tout à fait rugissante. Ces deux paumés vont se lier d’amitié, mais le béguin de Luke pour la belle fille du docteur Squires, la pétillante Stéphanie, risque d’égratigner leur complicité naissante…

 

Une des idées de génie est que le film est une anté-fiction, c’est-à-dire que le cadre spatio-temporel se trouve être le New-York 1994, lorsque Rudolph Giuliani, récemment élu, décide de nettoyer la ville (au karcher ?) en déclarant la guerre au bruit, à l’alcool, aux tags, aux SDF. Ce n’est pas une « histoire vraie » ou un film post 11 septembre mais bel et bien une plongée dans les années 90 à l’époque des walkmans, des téléphones avec fil, de la super Nintendo (pourquoi ai-je revendu la mienne ?!) et surtout du Hip-hop. Le rap imprègne totalement le film lui donnant une ambiance cool et funky. La BO est de qualité : aux platines, des classiques US tels Notorious B.I.G, Wutang Clan (terrible !), NAS, Biz Markie, A Tribe Called Quest (incontournable), etc.

 

On prend un véritable plaisir à suivre les pérégrinations de Luke et Jeff atteints du syndrome du Wakness (strabisme mental qui vous fait voir les choses en noir) dans ce New-York jazzy mais en phase de lobotomisation en supprimant tout « ce qui dépasse » au profit d’une propreté formatée au tourisme et aux golden boys. Grâce à la qualité des interprètes l’humour est omniprésent, certaines séquences étant à mourir de rire. D’autres font simplement grimper le sourire jusqu’aux oreilles : l’euphorie après le premier baiser résonne dans la tête de tous les mecs et est ici génialement mise en scène.

 

La mélancolie qui parcoure le film peut se résumer à la question que se posent nos deux protagonistes « Comment habiter un monde dans lequel on ne se reconnaît pas ? » et à leur désir d’évasion permanent. Comme le résume Jean-Baptiste Thoret : « Pour Jeffrey Squires, la contre-culture n’est plus. Comment en faire le deuil ? Pour Luke, le problème est inverse, ou plus grave : comment se constituer lorsque le contre n’est plus possible ou est juste un simulacre ? » Un des meilleurs exemples de cette dramatique évolution se constate à travers la bande-son Hip-hop : les bons artistes (proliférant il y a 20 ans) se font rares de nos jours, le gangsta-rap sans saveurs ayant tout ravagé sur son passage. Anyway, Go to the Big apple man !

 

 

Sylvain Métafiot

samedi, 20 septembre 2008

« C’est dur d’être aimé par des cons »

 

1210798461_c__est_dur.jpgVendredi, une soirée exceptionnelle se déroula au cinéma Le Méliès de Saint-Etienne : la projection du film "C’est dur d’être aimé par des cons" en présence du réalisateur Daniel Leconte et du dessinateur Charb. Le titre renvoi à la phrase que le dessinateur Cabu met dans la bouche d’un Mahomet débordé par les intégristes en première page de Charlie Hebdo en février 2006. Ce passionnant documentaire retrace le procès intenté au journal satirique par la Ligue islamique mondiale, la Mosquée de Paris et l’Union des Organisations islamiques de France (UOIF). Les deux autres dessins incriminés faisaient partie des caricatures danoises (de moyenne qualité mais là n’est pas la question) et déjà reprises dans leurs pages par France-Soir et l’Express. Pourtant seul Charlie Hebdo fut assigné en justice pour « injure à l’égard d’un groupe de personnes à raison de leur religion ».


Ce film, assez classique dans la forme, entretient le débat fondamental sur les valeurs de la République, les fondements de notre démocratie, la liberté de la presse, le droit à la caricature, la laïcité, etc. A une époque où rire de n’importe quelle religion est devenu un véritable chemin de croix (voir les réactions démesurées lorsqu’on critique le pape…) peu de journalistes avaient eu le courage de rire du fondamentaliste musulman en publiant les caricatures de Mahomet.


Durant le procès des intervenants de qualité viennent défendre le journal satirique parmi lesquels la philosophe Elisabeth Badinter, Oncle Bernard, Cabu, Cavanna, Laurent Joffrin, Claude Lanzman, le journaliste Mohamed Sifaoui, Wolinski, le philosophe Abdelwahab Meddeb, François Hollande, François Bayrou et même…Nicolas Sarkozy ! La venue de ces trois derniers ne releva pas de la récupération politique étant donné que 78% des Français étaient contre ces caricatures et contre la critique des religions, ce qui est paradoxal dans ce beau pays laïc.... Pourtant quand on connaît la position de Sarko sur le rôle déterminant des religions, selon lui, dans la société on peut fortement douter de sa sincérité, fourbe comme il est…

Lire la suite