samedi, 31 janvier 2009
Les sciences sociales selon Foucault
Michel Foucault (1926-1984), à travers des ouvrages tels que Les mots et les choses ; L’archéologie du savoir ; Michel Foucault un parcours philosophique, disait que la science de l’homme était récente et fragile et pouvait disparaître rapidement. Il voulait faire une archéologie des sciences humaines. Celles-ci étant les ancêtres des sciences sociales. Il proposa un découpage de l’ère intellectuelle en trois périodes :
La renaissance (jusqu’au XVIème siècle)
Avant la renaissance, la conscience culturelle n’est pas compatible avec le libre exercice d’un savoir qui ferait de l’homme son objet et son sujet. Il y a la domination du schéma de l’astrologie biologie : dans cette représentation du monde, les relations entre les hommes sont considérées comme inférieures en dignité car ce qui explique nos conduites c’est l’influence transcendante des astres-dieux. On estimait que les astres déterminaient et régissaient la totalité des phénomènes sur Terre. L’astrologie et la culture chrétienne médiévale étaient très influentes : seul un dieu créateur régissait les comportements des hommes. Jusqu’à la renaissance c’est ce type de savoir qui domine.
Si on considère ce genre de théories ce n’est pas la peine de faire de la science, il suffit juste d’étudier les textes sacrés et chercher les réponses dedans. Une vie bonne c’était l’obéissance à une divinité. L’idée d’étudier l’homme comme objet était inexistant.
A partir du XIVème siècle, il y a une évolution des représentations, grâce aux intellectuels et aux savants. Les travaux de Galilée introduisent un schéma de connaissance rigoureux. C’est l’amorce d’un changement d’esprit. Erasme et Montaigne ont développé l’idée de la personnalité : elle peut se travailler (voire Les essais). On retrouve un rapport de l’homme à lui-même, ce qui était déjà présent chez les Stoïciens. La personnalité est digne d’un travail de soi sur soi. L’homme s’autonomise et devient pertinent comme objet de travail.
L’âge classique (du XVIème au XVIIIème siècle)
L’être humain ne se considère pas encore comme créateur. Le monde à une existence autonome et ne dépend pas de l’homme. Mais, il y a une nouvelle conception intellectuelle de lui. Il doit clarifier les choses, expliquer l’ordre du monde avec des concepts clairs et certains. L’objectif des élites est de décrire le monde : classer et distinguer les espèces vivantes. René Descartes était l’emblème de cette recherche de la certitude, notamment avec le cogito (« je pense donc je suis »). Ceux qui pensent doivent décrire et organiser un tableau du monde. Mais le sens du monde est considéré comme en-soi, il échappe encore à l’humain. On recherche l’ordre intellectuel, la certitude, mais l’homme n’est pas encore un objet d’étude.
La venue de l’homme (fin du XVIIIème et début du XIXème siècle)
Grâce à Emmanuel Kant, qui introduit des questions nouvelles, on s’interroge sur les limites de la connaissance. Qu’est-ce que notre esprit peut connaître ? Pour Foucault c’est un bouleversement car l’homme gagne en dignité et en légitimité. L’homme se pense comme le sujet de toute connaissance possible. Nous n’allons pas vers le monde pour le saisir, mais notre esprit le construit grâce à des capacités innées. L’homme devient objet de connaissance. Selon Foucault, « l’homme devient la mesure de toute chose ». De plus en plus de gens abandonnent l’idée que l’homme n’est pas un être parmi les êtres mais un sujet parmi les objets et que le monde n’a pas été crée par Dieu. C’est là que commence réellement la modernité. Ce mouvement intellectuel, issu de l’humanisme, atteint sa maturité au XIXème siècle grâce à l’avènement de la philologie (étude historique des textes, des œuvres de l’esprit). On va étudier ces œuvres de plusieurs points de vue en essayant de dégager la personnalité de leurs auteurs ainsi que les caractéristiques du monde où ils vivaient. La philologie porte un projet rationaliste émancipateur face au pouvoir religieux et coutumier. Certains, comme Taylor ou Touraine, ont affirmé que la modernité c’est la Raison, l’individu et la démocratie. C’est l’idée qu’avec des individus doués de raison, il est possible de construire un espace public dans lequel va émerger du débat, une confrontation d’arguments et de contre arguments, des concepts rationnels, bref une démocratie. Mais il faut s’émanciper de l’autorité et de la communauté. Il faut de l’individualité s’échappant du poids des coutumes.
Cette volonté de rendre l’homme à lui-même par la connaissance, c’est toujours le projet des sciences sociales. Il s’agit toujours de rendre compte des pratiques et des relations sociales sans chercher des explications autres que terrestre (transcendance, religion). Emile Durkheim avait une démarche positive consistant à expliquer le social par le social. Expliquer les faits sociaux comme s’ils étaient des choses. Touraine disait que « faire de la sociologie, c’est renoncer aux garants méta sociaux ».
Cette culture humaniste va se développer lors de grands bouleversements : développement industriel, multiplication des échanges commerciaux, conflits politiques. C’est à partir de là qu’émergent les sciences sociales. En 1890, Renan disait qu’au moment même où les sciences philologiques ont atteint leur maturité elles se détruisent au profit des sciences sociales et politiques. La philologie était incapable de traiter certaines questions posées par les bouleversements de la société, telles que : qu’est-ce qui fonde le lien social ? Qui doit détenir le pouvoir ? Comment doit être organisé la société ? Comment concilier des valeurs sacrées avec la réalité socio-économique ? Quel va être l’évolution future des sociétés occidentales ?
Par un mouvement logique, le domaine des sciences humaines s’est élargi. On ne peut plus réfléchir au sujet humain sans comprendre comment ce sujet évolue au gré des bouleversements économiques, sociaux, politiques et culturels. Le passage de relais entre science humaine et science sociale avait été anticipé par certains : Goethe estimait que « la vocation du commerce et des affaires est comparable à la vocation des arts et des lettres ».
A suivre…
Sylvain Métafiot
00:45 Publié dans Littérature | Tags : les sciences sociales, michel foucault, renaissance, les mots et les choses, l'archéologie du savoir, parcours philosophique, sociologie, montaigne, erasme, galilée, âge classique, rené descartes, venue de l'homme, cours, emmanuel kant, taylor, touraine, emile durkheim, renan, sylvain métafiot, religion, transcendance, modernité, raison, culture, goethe, social, bouleversements économiques | Lien permanent | Commentaires (3)
lundi, 26 janvier 2009
La Poste, un des derniers créateurs de lien social

En pleine crise bancaire, vouloir privatiser La Poste semble absurde et illégitime. Panique, le gouvernement envoie des messages contradictoires à l’opinion publique : dimanche 2 novembre, Henri Gaino, le conseiller spécial de Sarkozy, affirmait que l’ouverture du capital n’était plus à l’ordre du jour, avant de revenir sur ses déclarations quelques heures plus tard…
Au-delà du fait que cela supprimera le lien social dans des zones isolées et enclavées (le facteur est la seule relation extérieure pour bon nombre de petites gens), le projet de privatisation menacerait le timbre à prix unique et la distribution universelle, des conquêtes républicaines. L’égalité accès des citoyens au service postal constitue l’une des réformes marquantes de la révolution de 1848. Arago, ministre du gouvernement provisoire de la IIème république, instaure la péréquation postale et crée le premier timbre (à l’effigie de Cérès, déesse de la Moisson en hommage aux campagnes). La mise en concurrence de La Poste mettra fin à ce système juste qui oblige les Neuilléens à payer les colis et courriers des personnes modestes. Le projet du gouvernement prévoit que l’entreprise publique devienne une société anonyme dès le 1er janvier 2010, avant d’ouvrir son capital, le 1er janvier 2011, pour récolter des fonds et devenir cette multinationale carnassière qui saura défendre ses quartiers et conquérir des marchés dans le cadre de la mise en concurrence totale du courrier au sein de l’Union Européenne en 2011. Afin de légitimer cette privatisation, Sarkozy a nommé, mi-septembre, une « commission pour le développement de La Poste », présidée par François Ailleret, un ancien dirigeant d’EDF, spécialiste de la privatisation des entreprises publiques. La commission Ailleret réalise en ce moment un audit et remet son rapport le 15 décembre.
Samedi 22 novembre, une journée nationale d’action des postiers et des usagers se déroula, à l’appel du Comité national de mobilisation contre la privatisation de La Poste, pour un débat public et pour un référendum sur le service postal. Le comité regroupa les principales organisations syndicales, politiques et associatives de gauche : la CGT, Sud, la CFDT, FO, CFCT, les Verts, le PS, le PC, la LCR, NPA, le Conseil national de la résistance, la LDH, etc… ainsi que le député non inscrit de droite souverainiste Nicolas Dupont-Aignan. Ce qui donne une idée de l’ampleur du mouvement, qui n’est pas prêt de faiblir.
Plusieurs liens utiles :
www.appelpourlaposte.fr
Pétition de la CGT (200 000 signatures déjà) : www.cgt.fr
Vivent les services publics : www.v-s-p.org
Sylvain Métafiot
Source : Charlie Hebdo (05/11/2008)
07:00 Publié dans Actualité | Tags : la poste, privatisation de la poste, politique la poste, libéralisme économique, lien social, sylvain métafiot, sarkozy, droite, économie, syndicats, lutte, manifestations, grève | Lien permanent | Commentaires (1)
dimanche, 25 janvier 2009
L’esprit de Central City

Dans la ville de Central City, celui que l'on appelle le Spirit (Gabriel Macht) fait sa loi : ancien flic mort lors d'une enquête, il est sorti de la tombe pour régler ses comptes et chasser la vermine qui grouille dans les rues ! Mais bientôt le justicier masqué se voit confronté à différentes femmes fatales, créatures de rêves qui l'aideront ou s'opposeront à lui dans sa lutte contre le terrible Octopus (Samuel L. Jackson)...
Après avoir coréalisé le sublime Sin City en 2005 avec Robert Rodriguez, avoir vu son Batman adapté sur grand écran avec l’éblouissant Dark Night, et après avoir été consultant de Zack Snyder lors du tournage de 300, Franck Miller, pour sa première réalisation, nous livre une libre adaptation du classique de la bande dessinée née sous la plume de Will Eisner (un de ses maîtres et ami) : The Spirit. Un film fou mais qui semble manquer de rigueur cinématographique. La bande originale est portée par une composition musicale exceptionnelle et variée de David Newman.
Dans la suite de l'article, la bande annonce et la critique du film.
02:11 Publié dans Cinéma | Tags : the spirit, critique, frank miller, will eisner, l'esprit de central city, sylvain métafiot, sin city, comic, film, cinéma, cravate rouge, humour, ultra sensuel, souffle, samuel l jackson, délirant | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 15 janvier 2009
La démocratie des juges ?
Un peu d’histoire politique. Avez-vous entendu parler du grand nettoyage de la magistrature italienne, lors de l’opération Mani pulite (mains propres) ? Cela fit émerger un vaste réseau de corruption impliquant le milieu politique, des affaires et de la mafia.
La dénonciation de la corruption politique par la magistrature italienne a débuté en février 1992, par l’arrestation de Mario Chiesa (photo 2), le directeur d’une maison de retraite milanaise accusé de recevoir des pots-de-vin pour le compte du parti socialiste italien (PSI). La collaboration de Mario Chiesa avec les magistrats milanais, notamment le juge Antonio Di Pietro, a permis de dévoiler l’ampleur des mécanismes illégaux de financement des partis politiques. Les enquêtes de Mani Pulite se sont étendues à l’ensemble des partis politiques, notamment les partis de gouvernement (DC et PSI), mais aussi, dans une moindre mesure, à l’ex Parti Communiste Italien. Elles ont impliqué un grand nombre d’administrateurs locaux et de responsables de grandes entreprises (dont Silvio Berlusconi). Celles-ci ont commencée à conclure des « accords transversaux » avec des politiciens, dans les années 1980, afin d’influer sur les lois les concernant. Comme le regrette un juge, ce vieux système bafoue allégrement le « principe fondamental de la transparence administrative ».
Le fait le plus courant était de recevoir de l’argent pour favoriser une entreprise plutôt qu’une autre. Sur le plan politique, il s’agissait de financements privés non publics. Certains des plus importants dirigeants des partis historiques italiens ont été mis en cause par la magistrature : parmi les plus connus, le démocrate chrétien Giulio Andreotti, accusé de collusion avec une association mafieuse, ou le leader socialiste Bettino Craxi, accusé de corruption et d’enrichissement personnel. Face à ces lourdes accusations, les politiciens et les entrepreneurs adoptèrent une ligne de défense différente.
Quand les premiers justifiaient ces pratiques par un pragmatisme politique et par le fait qu’elles étaient adoptées et acceptées par l’ensemble des acteurs du système (« Tout le monde savait, mais personne ne parlait » dixit Craxi) ; les seconds se posaient en victime de pots-de-vin imposé par les hommes politiques. Cependant, cette contrainte fut fictive car « les entrepreneurs trouvaient beaucoup d’intérêts a ce dispositif » : en « arrosant » les partis politiques ils obtenaient les appuis de ses membres. Ce combat contre la corruption avait déjà débuté dès les années 1970 lorsque les juges luttaient contre la mafia et le terrorisme. Certains sont morts, tel que Giovanni Falcone (photo 1), en léguant aux jeunes magistrats un ensemble de valeurs afin de combattre les « maux généraux » de l’Italie. Ce nouveau scandale révéla l’écart béant entre les normes légales et les pratiques.
21:11 Publié dans Littérature | Tags : juges, italie, juge italien, démocratie en italie, justice italienne, mafia, mani pulite, sciences politiques, sylvain métafiot, realpolitik, corruption, donatella della porta, yves mény, cosa nostra, sicile, calabre, sacra corona unita, camorra, campanie | Lien permanent | Commentaires (1)
mercredi, 07 janvier 2009
Le sophisme de l’homme de paille

Cette expression traduit celle, anglaise, nettement moins compréhensible de straw man fallacy.
Un homme de paille est un prête-nom, un écran officiel pour couvrir des opérations louches. Le sophisme de l’homme de paille n’est pas de nature logique comme le sophisme crocodilien, mais de nature pragmatique, il concerne les conditions pratiques de la discussion.
Il constitue la transgression d’une règle implicitement admise dans toute communication entre être raisonnables et qui, du point de vue moral, peut être désignée comme l’honnêteté intellectuelle.
Ce sophisme, très couramment pratiqué par les responsables politiques, consiste à réfuter une thèse indûment attribuée au contradicteur.
Ainsi, objecte-t-on aux écologistes qui critiquent l’usage des OGM ou bien l’énergie nucléaire qu’ils veulent « revenir au Moyen Âge » ; aux adversaires du port du voile dans les établissements scolaires qu’ils veulent rallumer les guerres de religion, etc.
Sylvain Métafiot
10:05 Publié dans Insolite | Tags : sophisme, homme de paille, ogm, moyen âge, prête-nom, straw man fallacy, philosophie, sylvain métafiot | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 05 janvier 2009
Nos amis les flics
Signe dramatique de notre époque de plus en plus sécuritaire : la garde à vue est devenue une banalité. En sept ans, les gardes à vues sont passées de 336 718 en 2001 à 562 083 en 2007, soit une augmentation de 60 % (un demi-million en plus). Une bonne garde à vue permet, outre le fait de booster les statistiques et de se défouler, de couvrir un début de bavure. Il suffit d’accuser de rébellion, d’incitation à l’émeute ou d’outrage le clampin que l’on a un peu secoué, un jour de mauvaise humeur.
Dans l’affaire de ce professeur accusé d’avoir donné des coups à un élève et qui s’est suicidé dans sa cellule, le fait de l’avoir placé en garde à vue a certainement favorisé le passage à l’acte malheureux. Le procureur de Laon reconnaît que cela a pu être un « élément déclencheur ». Malgré ses éventuels actes, ce prof ne semblait pas un chef de gang dangereux prêt à s’évader ou à se débattre violemment.
Voici d’autres exemples édifiants de cette sombre pratique en corrélation avec la culture du résultat (dans la suite de l'article).
00:04 Publié dans Littérature | Tags : nos amis les flics, violences policières, le canard enchaînés, sylvain métafiot, robocop, garde à vue, sarkozy, brutalités, matraques, politique du chiffre | Lien permanent | Commentaires (17)
mardi, 30 décembre 2008
Le politiquement (in)correct

Cela vous a peut-être échappé mais nous sommes dans l’ère (bénie) de la parole décomplexée cher à notre Nicolas Sarkozy national. Ce dernier, lors de ses interventions publiques, a remplacé « Françaises, Français » par « Casse-toi, pauvre con » et « Descends si t’es un homme ». Hum… je crois qu’il est Président de la République Française… Info à vérifier. Bref, on préfère la langue de con (politiquement incorrect) à la langue de bois (politiquement correct).
L’un des meilleurs exemples du politiquement incorrect provient du député UMP du Nord Christian Vanneste (un charmant homme favorable à la peine de mort pour les terroristes et auteur du fameux amendement sur le « rôle positif » de la colonisation). En 2005, dans deux interviews – l’une à La voix du Nord, l’autre à Nord éclair – il avait déclaré que « l’homosexualité est une menace pour la survie de l’humanité » et qu’elle était « inférieure à l’hétérosexualité ». Condamné une 1ère fois en janvier 2006 par le tribunal correctionnel de Lille, puis en janvier 2007 par la cour d’appel de Douai, il vient d’être blanchi par la Cour de cassation, qui a jugé que ses propos « ne dépassent pas les limites de la liberté d’expression ». Pour sa défense, outre les valeurs traditionnelles religieuses et le concept de la « loi naturelle », il a invoqué son mandat de député : « Le parlementaire, c’est le tribun du peuple, celui qui peut parler au nom des autres, alors, qu’on l’empêche de parler, lui, c’est complètement antidémocratique ». Et moi qui croyait que ceux qui incarnent l’Etat, sinon dans les actes du moins par les mots, se devaient d’être exemplaire et non professer les pires ignominies. Naïf que je suis…
Faisons un bref retour historique sur la notion de politiquement incorrect... dans la suite de l'article !!!
23:33 Publié dans Actualité | Tags : politiquement correct, politiquement incorrect, zemmour, soral, sarkozy, liberté, démocratie, expression, sylvain métafiot, céline, fascisme, le pen, racailles, élite, paranos, 11 septembre, dieudonné, front national, robert faurisson, négationnisme, insulte, juifs, arabes, racisme | Lien permanent | Commentaires (4)
dimanche, 28 décembre 2008
Au feu les tarés !

Cela pourrait être le cri du patron de la CIA, passablement effondré que « l’intelligence » américaine se réduise à peau de chagrin.
Burn After Reading ? Un concentré d’abrutis finis tous plus en-dessous du dessous que le voisin. De l’ancien espion de la CIA, alcoolique et éructant des sublimes « fuck » toutes les trente secondes ; au prof de gym neu-neu, les écouteurs greffés aux oreilles, une paille greffé à la bouche et une coupe de cheveux (mon Dieu quelle coupe ! 80’ forever) greffé à la tête ; en passant par un agent obsédé sensiblement parano, le dernier film des frères Coen nous livre, sur un plateau marshmallow, un ramassis de ratés attachant et drolissimes à souhait.
Pas sûr, cependant, que cela en fasse un grand film…
19:46 Publié dans Cinéma | Tags : burn after reading, cinéma, frères coen, cloney, brad pitt, no country for oldman, au feu les tarés, film, sylvain métafiot, critique | Lien permanent | Commentaires (1)
dimanche, 21 décembre 2008
Napoléon 1er, le promoteur de l’idée nationale

Au même titre que Jésus-Christ, Alexandre le Grand ou Mozart, Napoléon Bonaparte (1769-1821) fait partie de ces météores dont les destins fascineront toujours les hommes. Venant de la petite noblesse corse, il surgit dans l’histoire à 25 ans (campagne d’Italie).
Les exploits s’enchaînent : expédition d’Egypte ; coup d’Etat du 18 Brumaire… Devenu Empereur des Français, il multiplie les victoires militaires et ne cesse de redessiner la carte politique de l’Europe. L’épopée finit mal : retraite de Russie, première abdication, retour pour les Cent Jours, deuxième abandon du pouvoir, exil à Sainte-Hélène. Napoléon étant un héros, sa fin tragique grandit et nourrit sa légende.
20:39 Publié dans Littérature | Tags : napoléon 1er, promoteur de l'idée nationale, sylvain métafiot, histoire, géopolitique, angleterre, france, révolution française, guerres, batailles, europe des rois et des princes, canada, ancien régime, 1918, empires | Lien permanent | Commentaires (4)
dimanche, 14 décembre 2008
Mesrine, une légende autoproclamée

Jacques Mesrine appartient à l’imaginaire français, celui de la France de la guerre d’Algérie et de Valéry Giscard d’Estaing, des quartiers de haute sécurité (les fameux QHS), du grand banditisme et de la Gauche révolutionnaire. Alors, comment le réalisateur Jean-François Richet (Ma 6-t va crack-er et le remake du film de John Carpenter Assaut sur le central 13, c’est lui) et l’acteur Vincent Cassel ont-ils retranscrits la vie de cet homme ? Icône de la rébellion, beauf provocateur, gangster assassin, Robin des bois, pourfendeur du système étatique ? Richet filme le célèbre gangster français « tel qu’il était et non tel que j’aurais aimé qu’il soit » selon ses dires. Le film retrace 20 ans de sa vie en deux parties (L’Instinct de mort et L’Ennemi public n°1).
A l’heure des biopics (la retranscription cinématographique de la vie d’une « personne d’exception »), Richet à su se démarquer remarquablement de la masse (Coluche, Sagan, etc.) en décrivant un homme toujours situé en marge des corps constitués, qu’il s’agisse de la société, qu’il ne cesse de brocarder en paroles et en actes, des groupuscules révolutionnaires (dont il n’épousera jamais les idéaux, même si, avant son assassinat, il projetait de rencontrer les Brigades rouges) ou du milieu, dont il se tiendra constamment à l’écart. Selon Richet, « Mesrine est un homme qui s’est construit dans la négation ».
Les évènements (braquages, enlèvements – dont un propice à une bonne séquence de rigolade, arrestations, séjours en prison, etc.) s’enchaînent au pas de charge, épousant l’instinct sûr et mortifère de son personnage. Richet s’en tient strictement aux faits avérés et à l’autobiographie romancée (L’instinct de mort, 1977), écrite par Mesrine lui-même dans sa cellule de la prison de la Santé, quelques jours avant son procès. Richet à l’intelligence de ne pas politiser son sujet : égoïste, réfractaire à toute forme d’autorité et de responsabilité (la famille, lieu étouffoir), Mesrine, en convertissant l’argent volé en bijoux et aux autres grosses cylindrées, ne s’attaque pas au capitalisme, mais le flatte, comme lui fait justement remarquer Charlie Bauer, un activiste d’extrême gauche avec lequel il fricotera à la fin des années 1970. Comme le remarque Jean-Baptiste Thoret : « Le réalisateur maintient toujours un écart entre son « héros » et ces luttes armées qui constituent le bruit de fond des années 1970 (on entend partout le coup d’Etat de Pinochet, l’assassinat d’Aldo Moro, les violences de la bande à Baader, etc.). »
A propos du style, le réalisateur explique : « Dans L’Ennemi public n°1, Vincent Cassel pèse 20 kg de plus. Ce n’est plus le même corps, les mêmes mouvements, le même coffre. L’Instinct de mort est un film de stratégie et de facture très classique, de la famille des films de Melville, celui du Cercle rouge. L’Ennemi public n°1 possède une structure anarchisante, presque expérimentale, qui colle alors à ce que devient Mesrine. Comme modèle, j’avais en tête le souvenir, flou mais persistant, du French Connection de Friedkin. »
La ressemblance de l’acteur avec le bandit est en effet saisissante. Cela fait penser, toutes proportions gardées, à Robert De Niro incarnant Jake La Motta dans le chef d’œuvre Raging Bull. Mais, la comparaison s’arrête au plan physique : Cassel n’est pas De Niro, Richet n’est pas Scorsese.
Jean-François Richet reste toujours au plus près d’un personnage déterminé et naïf, courageux et parfois ridicule, tragique et très consciencieux qui ne sera jamais tenté par devenir « le chef » ou le représentant de la lutte gauchiste de l’époque. Pas le moindre plan d’un citoyen lambda venant dire à la caméra sa solidarité avec Mesrine. L’homme ne représente personne d’autres que lui-même (à l’exception des QHS, qui le révulsent, seul son destin le préoccupe), parti pris qui protège le film du risque de l’édification et de la glorification.
« N’ayant pas de fascination particulière pour le personnage, je me suis attaché à l’être humain, ni plus ni moins », avoue Richet, ajoutant « J’ai tenu à montrer qu’il n’y a pas de héros dans le gangstérisme ». Mesrine ? Un beauf avec un flingue qui écrit sa propre légende (dans son bouquin il revendique 39 meurtres, ce qui est faux pour 37 d’entre eux) ; qui ne doit, cependant, pas vous empêcher de le découvrir sur grand écran.
Sylvain Métafiot
02:02 Publié dans Cinéma | Tags : jacques mesrine, mesrine, cinema, richet, cassel, thoret, charlie hebdo, sylvain métafiot, beauf, flingue, violence, france, critique, pinochet, coup d'état, l'instinct de mort, ennemi public n1, braquages, biopics, coluche, sagan | Lien permanent | Commentaires (2)









