jeudi, 05 mars 2026
Merhan Tamadon : Les zones obscures de la fiction

Un film peut-il changer un bourreau ? Le cinéaste Merhan Tamadon tente d’apporter une réponse à travers deux documentaires, Mon pire ennemi et Là où Dieu n’est pas, en reconstituant, jusqu’au malaise, les techniques d’interrogatoires et les conditions de détentions des prisons iraniennes.
Le projet de Tamadon, expulsé d’Iran en 2004, est simple et retors en même temps : filmer son propre interrogatoire en France puis revenir en Iran avec le film en poche. L’interrogateur est joué par un ancien/une ancienne victime du régime des mollahs. Lorsqu’il se fera arrêter – et très probablement emprisonner – ses gardiens visionneront le film et prendront conscience des abominations qu’ils infligent.
Formellement, le dispositif est réduit au minimum : les deux films sont tournés dans des lieux vides (un hangar, un appartement en banlieue) dans lesquels on recrée sommairement des cellules et des salles d’interrogatoire. Tamadon est seul avec son caméraman et son faux bourreau. À ce titre, la mise en scène est démonstrative et ne se départit jamais du cadre des reconstitutions, accordant une place centrale aux témoignages oraux des victimes.
Le fond de l’affaire pose d’autres problèmes. Demander à d’anciens détenus de rejouer et donc de revivre les horreurs subies n’est pas sans conséquence sur leur état mental (problème moral) et questionne même la pertinence et l’efficacité d’un tel processus filmique (problème politique).
11:48 Publié dans Cinéma | Tags : sylvain métafiot, zone critique, merhan tamadon, les zones obscures de la fiction, mon pire ennemi, là où dieu n’est pas, torture, bourreau, iran, prison, evin, téhéran | Lien permanent | Commentaires (0)









