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« Incroyable, le fils de Jean-François Copé entretiendrait une relation avec celui de François Hollande ! | Page d'accueil | Béton armé »

mardi, 09 avril 2013

Cinéma : cachez cette bande-annonce que je ne saurais voir

 

Article initialement paru sur RAGEMAG

 

Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas la critique d’un ou plusieurs films que nous vous proposons cette semaine mais celle… d’une bande-annonce. Ou plutôt de l’archétype de LA bande-annonce, notamment américaine. Vous l’aurez sans doute remarqué, mais on assiste depuis quelques années à une véritable homogénéisation des trailers outre-Atlantique, principalement ceux des blockbusters, productions destinées au plus grand nombre. Petit décryptage.


8 1/2, Alain Resnais, Alexandre Hervaud, alfred hitchcock, Alien, Axel Brücker, bande-annonce, blockbusters, Boulevard de la mort, Bruno Dumont, Camille Claudel 1915, chefs d'eouvres, cinema, citizen kane, climax, Comedian, David Lynch, Détective, docteur Folamour, Eraserhead, Federico Fellini, festival lumière 2012, G.I. Joe Conspiration, gremlins, grindhouse, H2G2 le guide du voyageur intergalactique, haikus, ironie, Jack le chasseur de géants, Jean-Luc Godard, Joe Dante, Joseph Kahn, L'Affaire Thomas Crown, La Cité des Ténèbres, Le miracle de la 34e rue, man of steel, Millenium, Oblivion, orange mécanique, Orson Welles, perles, planète terreur, Prometheus, psychose, quentin tarantino, racoleur, ridley scott, robert rodriguez, second degré, Slate, spoiled, standardisation, Stanley Kubrick, Sylvain Métafiot, teaser, The amazing Spiderman, the shining, The Texas Chainsaw Massacre, Tobe Hooper, top 10, trailer, trailers from hell, trop long, uniformisation, Vous n'avez encore rien vu, World War Z, Ragemag,Nous ne vous ferons pas l’affront, cinéphiles avertis ou spectateurs occasionnels, de vous définir scolairement ce qu’est une bande-annonce. À l’exception notable du cinéphobe  sociopathe reclus dans sa base secrète de la fosse des Mariannes tout le monde sait de quoi on parle. Il est cependant intéressant de noter une certaine standardisation de ces fameuses bandes-annonces qui suivent, peu ou prou, le schéma suivant. Généralement, tout commence par les mêmes effets sonores au début : comme une bombe qui explose au loin, ou une musique douce présageant des drames à venir. Puis l’inévitable succession de fondus enchaînés, avec des plans noirs (parce que c’est puissant !) et des phrases chocs (ou philosophico-cools) entre chaque plan histoire de renforcer le côté prétentieux. Ajoutez à cela d’autres effets sonores entêtants bien synchros avec les extraits précédemment cités, une accélération du rythme dans les derniers instants et, pour conclure, le climax représenté par un plan trop « hallucinant quoi ! ». C’est bête comme choux, ça marche à tous les coups et ça se décline à l’infini comme les jeux de mots éculés de Libération. Bref, l’art du montage condensé en prend pour son grade.

 

L’ironie comme démarcation


Heureusement, quelques bandes-annonces font preuve de créativité et jouent la carte du second degré en se moquant d’elles-mêmes (voir la vidéo de Comedian de Jerry Seinfeld en tête de l’article). Une salutaire prise de recul évitant la suffocation d’un premier degré se prenant parfois trop au sérieux. C’est le cas de celle d’H2G2 : le guide du voyageur galactique (2005). Le film est anecdotique mais la bande-annonce est une petite perle d’ironie qu’il convient de savourer confortablement engoncé dans son fauteuil en peau de lama. Renfermant tous les secrets de l’univers, le fameux guide définit ainsi les bandes-annonces : « Elles sont fait pour vous donner une idée du film présenté dans un laps de temps très courts. En générale elles commencent par vous présenter un personnage principal. Très vite ce personnage se trouve confronté à une situation aussi incroyable qu’on n’a pas pu s’empêcher de faire un film à son sujet. […] La bande-annonce est généralement commentée par une voix grave. La voix d’un homme de deux mètres quinze qui fume trois paquets de cigarettes par jour depuis sa plus tendre enfance. L’objectif étant de réaliser une œuvre publicitaire à la fois originale et palpitante. Elle doit être intelligente et provocatrice, autrement dit : montrer tout un tas de choses qui explosent. Entrecoupées d’apparitions de jolies filles en bikini. En général la bande-annonce nous montre aussi des méchants sans foi ni loi, des créatures hideuses, des dauphins, de la violence physique et, bien entendu, la promesse d’un amour véritable. Et pour finir il y a le montage final, souvent rythmé par une musique rock, tout simplement conçu pour vous exploser les quelques neurones qu’il vous reste au fond du bulbe. »

 

8 1/2, Alain Resnais, Alexandre Hervaud, alfred hitchcock, Alien, Axel Brücker, bande-annonce, blockbusters, Boulevard de la mort, Bruno Dumont, Camille Claudel 1915, chefs d'eouvres, cinema, citizen kane, climax, Comedian, David Lynch, Détective, docteur Folamour, Eraserhead, Federico Fellini, festival lumière 2012, G.I. Joe Conspiration, gremlins, grindhouse, H2G2 le guide du voyageur intergalactique, haikus, ironie, Jack le chasseur de géants, Jean-Luc Godard, Joe Dante, Joseph Kahn, L'Affaire Thomas Crown, La Cité des Ténèbres, Le miracle de la 34e rue, man of steel, Millenium, Oblivion, orange mécanique, Orson Welles, perles, planète terreur, Prometheus, psychose, quentin tarantino, racoleur, ridley scott, robert rodriguez, second degré, Slate, spoiled, standardisation, Stanley Kubrick, Sylvain Métafiot, teaser, The amazing Spiderman, the shining, The Texas Chainsaw Massacre, Tobe Hooper, top 10, trailer, trailers from hell, trop long, uniformisation, Vous n'avez encore rien vu, World War Z, Ragemag,Tout est dit. Et cette définition fonctionne parfaitement avec la grande majorité des trailers américains de ces dix dernières années (pourquoi dix et pas cinq ou vingt ? C’est une bonne question, j’interrogerais mon pifomètre). Vous pouvez vérifier de vos propres petits yeux. Que ce soit Man of Steel, World War Z, G.I. Joe Conspiration, La Cité des Ténèbres, Oblivion, Jack le chasseur de géants, j’en passe et des futurs chefs d’œuvres, faites l’expérience de fermer vos paupières pendant les bandes-annonces : bien malin celui qui arrivera à différencier l’une de l’autre tant l’uniformisation est accablante.

 

Les plus courtes sont les meilleures


Un autre désagrément, relevé par Alexandre Hervaud dans un article de Slate (« Trailers : c’est long mais c’est bon ? »), est que les trailers sont parfois devenus tellement longs qu'ils dévoilent quasiment toute l'intrigue du film. C’est le cri récemment poussé par le cinéaste américain Joseph Kahn : « Mon Dieu, ils montrent pratiquement la moitié du film dans les bandes annonces et extraits, maintenant. Le public n'a plus du tout le goût du risque désormais. » Constat vérifié quand, par exemple, une bande-annonce de The Amazing Spider-Man durait 4 min et que celle du Millenium de David Fincher s’étalait sur carrément 8 min ! Au jeu du qui-c’est-qui-qu’a-la-plus-longue le spectateur est souvent le perdant.

 

 

 

 

Cela sans compter la sale manie (pas si récente que ça) consistant à montrer les moments « cultes » du film : c’est-à-dire toutes les scènes intenses d’un drame, toutes les plus grosses explosions d’un film d’action ou les meilleures blagues d’une comédie (ou les plus affligeantes, cela dépend du film). On voit même apparaître – summum de la logique racoleuse de certains studios – des trailers de trailers, histoire de faire baver deux fois plus ce corniaud de spectateur, trop impatient de se masturber devant le dernier bousin à base de super-héros.

 

Brian de Palma avait poussé cette logique à l’extrême en diffusant malicieusement l’intégralité de son film Femme Fatale (2002) en accéléré dans sa bande-annonce. Mais à contre-courant de la volonté commerciale d’appâter le chaland en dévoilant le maximum d’un film, quitte à le vider partiellement de sa substance en gâchant la surprise de l’intrigue, on peut préférer les réalisateurs désireux de réellement travailler leurs effets d’annonce en en montrant le moins possible pour attiser la curiosité du spectateur. Cette dernière logique est néanmoins en position de faiblesse face à l’écrasante domination du marketing qui préside dans la majorité des productions cinématographiques.

 

 

 


Florilège


8 1/2, Alain Resnais, Alexandre Hervaud, alfred hitchcock, Alien, Axel Brücker, bande-annonce, blockbusters, Boulevard de la mort, Bruno Dumont, Camille Claudel 1915, chefs d'eouvres, cinema, citizen kane, climax, Comedian, David Lynch, Détective, docteur Folamour, Eraserhead, Federico Fellini, festival lumière 2012, G.I. Joe Conspiration, gremlins, grindhouse, H2G2 le guide du voyageur intergalactique, haikus, ironie, Jack le chasseur de géants, Jean-Luc Godard, Joe Dante, Joseph Kahn, L'Affaire Thomas Crown, La Cité des Ténèbres, Le miracle de la 34e rue, man of steel, Millenium, Oblivion, orange mécanique, Orson Welles, perles, planète terreur, Prometheus, psychose, quentin tarantino, racoleur, ridley scott, robert rodriguez, second degré, Slate, spoiled, standardisation, Stanley Kubrick, Sylvain Métafiot, teaser, The amazing Spiderman, the shining, The Texas Chainsaw Massacre, Tobe Hooper, top 10, trailer, trailers from hell, trop long, uniformisation, Vous n'avez encore rien vu, World War Z, Ragemag,Pourtant, réussir une bonne bande-annonce qui donne l’eau à la bouche ce n’est pas impossible. Bien au contraire, les exemples ne manquent pas. Le producteur Axel Brücker s’est d’ailleurs fait une spécialité de collectionner les meilleurs bandes-annonces dans son Trailers Museum (20 000 à ce jour !) afin d’en diffuser une partie lors de nuits spéciales, comme lors du Festival Lumière 2012.

 

Rien que pour vos yeux ébahis et vos oreilles frétillantes, et sans prétendre à l’exhaustivité de Brücker, voici un petit florilège des bandes-annonces les plus audacieuses, les plus timbrées, les plus drôles et les plus effrayantes :

 

> Citizen Kane d’Orson Welles (1941).

Bande-annonce mégalomaniaque pour film d’anthologie où le réalisateur s’adresse directement au spectateur pour lui présenter l’histoire de son film, son casting et l’inviter à se rendre dans la salle de cinéma la plus proche. Une technique de présentation que l’on retrouvera par la suite pour nombre de films.

 

 

 

> 8 ½ de Federico Fellini (1963).

Une bande-annonce muette, scandée uniquement par une musique festive et peuplée de fantasmes cinématographiques rendant grâce à la beauté et à la fantaisie fellinienne.

 

 

 

> Eraserhead de David Lynch (1977).

Pour continuer dans le muet, cette bande-annonce bizarroïde reflétant parfaitement l’onirisme inquiétant de Lynch est un modèle du genre.

 

 

 

> Détective de Jean-Luc Godard (1985).

Délicieusement misogyne (nul doute que les Femen crieraient au scandale si une bande-annonce de ce calibre sortait aujourd’hui) et incontestablement drôle, la bande-annonce se paye même le luxe de nous proposer les horaires des séances à son terme.

 

 

 

> The Shining de Stanley Kubrick (1980).

Un plan fixe, une musique obsédante, des hectolitres de sang qui éclaboussent l’écran : une économie de moyens suffisante pour la bande-annonce du plus terrifiant film d’horreur de tous les temps.

 

 

 

> Psychose d’Alfred Hitchcock (1960).

Le maître du suspense, à l’instar d’Orson Welles, présente lui-même son film en nous vantant, avec l’humour so british qui le caractérise, le « meurtre exquis avec un soupçon d’étrangeté » présent dans celui-ci. On n’est jamais mieux servi que par soi-même.

 


 

 

> Alien de Ridley Scott (1979).

Oubliez le lourdaud Prometheus et revivez l’épouvantable voyage intersidéral des passagers du Nostromo avec cette éprouvante et mystérieuse bande-annonce qui marqua durablement, autant que le film lui-même, les esprits à sa sortie.

 

 

 

> Docteur Folamour de Stanley Kubrick (1964).

Kubrick encore (on aurait quasiment pu mettre les bandes-annonces de tous ses films !) présentant cette comédie géniale avec un montage épileptique entrecoupés de questions farfelues et une injonction finale délirante : « aimez cette bombe ! ». (En réalité la bande-annonce la plus épileptique est cette d’Orange Mécanique).

 

 

 

> The Texas Chainsaw Massacre de Tobe Hooper (1974).

Un montage nerveux entrecoupé de clichés glauques et de passages morbides. Le travail sur le son est impressionnant, entre les cris, la voix off et surtout le bruit de la tronçonneuse qui vous poursuit après le visionnage.

 

 

 

> La géniale compilation des faux trailers horrifiques Grindhouse concoctés à l’occasion de la sortie conjointe de Planète Terreur de Robert Rodriguez et de Boulevard de la mort de Quentin Tarantino en 2007. Au menu : Werewolf Woman of the SS, Don’t, Thanksgiving.

 

 

 

8 1/2, Alain Resnais, Alexandre Hervaud, alfred hitchcock, Alien, Axel Brücker, bande-annonce, blockbusters, Boulevard de la mort, Bruno Dumont, Camille Claudel 1915, chefs d'eouvres, cinema, citizen kane, climax, Comedian, David Lynch, Détective, docteur Folamour, Eraserhead, Federico Fellini, festival lumière 2012, G.I. Joe Conspiration, gremlins, grindhouse, H2G2 le guide du voyageur intergalactique, haikus, ironie, Jack le chasseur de géants, Jean-Luc Godard, Joe Dante, Joseph Kahn, L'Affaire Thomas Crown, La Cité des Ténèbres, Le miracle de la 34e rue, man of steel, Millenium, Oblivion, orange mécanique, Orson Welles, perles, planète terreur, Prometheus, psychose, quentin tarantino, racoleur, ridley scott, robert rodriguez, second degré, Slate, spoiled, standardisation, Stanley Kubrick, Sylvain Métafiot, teaser, The amazing Spiderman, the shining, The Texas Chainsaw Massacre, Tobe Hooper, top 10, trailer, trailers from hell, trop long, uniformisation, Vous n'avez encore rien vu, World War Z, Ragemag,Récemment, Alain Resnais, pour Vous n’avez encore rien vu, ainsi que Bruno Dumont pour son Camille Claudel 1915, nous ont certes gratifiés de bien belles bandes-annonces (sobres, mystérieuses, intrigantes) mais elles restent des exceptions. Il conviendrait de graver dans le marbre l’affirmation du papa de Gremlins, Joe Dante : « Les meilleurs trailers sont des haikus cinématographiques qui peuvent surpasser un film en arrivant à exprimer brièvement ce que le long métrage met 90 minutes à exprimer. »

 



Boîte noire


 

Sylvain Métafiot


"Cinéma : cachez cette bande-annonce que je ne saurais voir", article publié sur RAGEMAG, 21/03/2013, URL : http://ragemag.fr/cinema-cachez-cette-bande-annonce-que-j...

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