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lundi, 07 juin 2021

Pénitence et Salut dans le Canzoniere de Pétrarque

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Dans trois textes issus de son célèbre recueil rédigé au XIVe siècle, le poète florentin exprime sa nostalgie d’une Italie glorieuse et fière sous les atours angoissés de la Perte. À travers l’élégance de sa langue latine se dessine le souhait de ressusciter la gloire de Rome.

 

Le renouveau de la poésie latine du bas Moyen Âge a lieu durant les deux premières décennies du XIVe siècle, à Trieste, Padoue, Bologne et Ravenne. À Padoue c’est un groupe de juristes et de notaires (Lovato Lovati et Albertino Mussato) qui s’attachent à la rénovation de la langue. Ils redécouvrent les élégies de Catulle, les épodes d’Horace, les dialogues de Tite-Live. L’historien et homme d’État Mussato déterre notamment les tragédies de Sénèque. Il écrit L’Ecerinis et Historia Augusta, ce qui lui vaudra d’être couronné poète en 1315. C’est à cette même période que la poésie vernaculaire (héritière de l’amour courtois des provençaux) apparaît en Sicile avec une thématique romantique et amoureuse.

 

Les fragments en langue vulgaire renvoient à un recueil hétérogène de textes lyriques représentant la quête vers une unité intérieure retrouvée. Pétrarque rédige ses 366 poèmes à la manière d’un journal faisant principalement ressortir la forme du sonnet (on trouve aussi des chansons, des sextines, des ballades et des madrigaux). C’est son amour et muse, Laure de Sade (1310-1348), qui établi ses textes et qui écrira, par la suite, une biographie du poète. Paradoxalement, Pétrarque considérait son Canzoniere comme une œuvre de jeunesse, alors qu’il ne cessera de la remanier, de l’arranger et la corriger jusqu’à sa mort en 1374. Ses sonnets procurent un effet de réel, l’impression d’une progression chronologique à travers les rencontres, les fêtes, les retrouvailles. Là où certains textes sont d’inspirations satiriques (les chants CXXXVI et CXXXVIII), traitent de la mort, chargés d’éléments érotiques (chanson XXIII) ou de phénomènes hallucinatoire (chanson CXXIX), les trois sonnets suivants relatent les soubresauts politiques de l’Italie médiévale.

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dimanche, 15 novembre 2020

Poète, rêveur et troubadour

François d'Assise, Hermann Hesse,

 

« Ce n’était pas un ravissement fugitif, une ivresse éphémère ou l’illusion d’un moment, car de ce jour et jusqu’à sa fin, François resta, au milieu de bien des souffrances et en des temps d’amères et lourdes épreuves, un bienheureux et un élu qui entendait la voix de Dieu résonner en tout brin d’herbe et tout ruisseau et sur lequel la douleur et le péché n’avaient aucun pouvoir. Pour cela justement, au long des siècles, les artistes, des poètes et des sages n’ont cessé de le représenter et de le raconter et de le chanter et de le peindre et de le sculpter comme ne l’ont jamais fait ni les portraits ni les tableaux des hauts faits d’aucun prince ni d’aucun puissant, et son nom ainsi que sa réputation sont parvenus jusqu’à nous comme un chant de vie et une consolation de Dieu, et tout ce qu’il a dit et fait résonne aujourd’hui avec autant de force qu’en son temps, il y a sept cents ans. Il y eut d’autres saints dont l’âme ne fut pas moins pure et noble, et pourtant l’on ne souvient à peine d’eux ; mais lui, il était enfant et poète, un maître enseignant l’amour, un ami humble et le frère de toutes créatures, et si jamais les hommes l’oubliaient, alors les pierres et les sources, les fleurs et les oiseaux devraient parler de lui. Car en poète authentique, il a retiré la malédiction de toutes ces choses, quels que fussent les péchés et la déraison pesant sur elles, et les a renouvelées sous nos yeux dans la pure beauté de leur origine. »

 

[…]

 

« Ah, il est tant d’écrivains et de poètes célèbres qui ont composé des œuvres merveilleuses ! Mais il en est peu qui grâce à l’intensité et à la braise qui les animait au plus profond d’eux-mêmes ont jeté, semblables à des messagers et des semeurs célestes, des paroles et des pensées de l’éternité et de l’immémoriale quête humaine au milieu des peuples. Et il en est peu qui sont aimés et admirés pendant des siècles uniquement pour leur vie pure et noble, et non pas uniquement pour leurs paroles et leurs œuvres bien tournées : comme des étoiles bienheureuses, ils se tiennent au-dessus de nous dans les hauteurs éthérées, pilotes et guides en or, le sourire aux lèvres et la bonté offerte, pour les errements des hommes titubant dans les ténèbres. »

 

[…]

 

« Dans ce profond sentiment de la nature réside aussi le sortilège mystérieux que François exerce encore aujourd'hui, même sur des indifférents religieux. Le sentiment de joyeuse gratitude rendue à la vie, qui lui fait saluer et aimer toutes les forces et toutes les créatures du monde visible comme des frères et des sœurs et des êtres apparentés, ce sentiment-là n'est lié à aucune symbolique d'Eglise marquée, elle appartient, dans son éternelle humanité et beauté, aux phénomènes les plus remarquables et les plus nobles de tout ce monde du Moyen Âge tardif. »

 

Hermann Hesse, François d’Assise, Editions Salvator, p. 37, 83 et 100

samedi, 02 novembre 2013

Gravity, Cuaron fils de Tarkovsky

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Écrire une critique de Gravity, c’est compliqué. Formellement, déjà, on ne peut pas dire que Gravity soit un film loupé. L’image est bonne, la 3D bien utilisée, le jeu d’acteur bien interprété (qui vaudra peut-être un Oscar à Sandra Bullock), le scénar tendu nous entraîne même si on devine trop sa fin, seule une utilisation un peu trop Hollywoodienne de la musique et du montage, la post-prod, est à regretter.

 

Pour certains, ça s’arrête là, un bon Survival de plus, avec de la technique intéressante et des frissons face au vide intersidéral rappelant le personnage de Kubrick s’éloignant dans l’obscurité de 2001, l’odyssée de l'espace.


Pour d’autres, qui connaissent Cuaron, c’est tout autre chose : le film d’un allié. Là où les superproductions débitent d’éternels films se ressemblant tous, de l’hyper-individualisme de Seul au monde, à la gloire de la technique et de l’intelligence d’Appolo 13, les survivals sont coincés et épris de modernité, comme si le monde actuel était une panacée, la solution à tous nos problèmes et le progrès technique et individualiste, la seule voie viable. Hollywood distribue l’hégémonie américaine, vendant des iPhone comme arme et le « do it yourself » comme cri de guerre face aux affres de la vie.

 

Dans Gravity, nous avons tout l’inverse. Une méticuleuse destruction de ce système. Ce film rembobine l’histoire.

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