mardi, 30 juin 2026
L’Échappée belle : bref été de rêverie

C’est un doux manifeste que le titre du deuxième film de Pamela Varela : L’Échappée belle fuit la pesanteur du monde et retrouve l’allégresse du temps qui passe. Une torpeur propice au métissage des langues, des corps et des idées.
Il est un lieu, assez caractéristique au cinéma français, qui symbolise à lui seul le pas de côté à la marche du monde : la maison de campagne. À l’écart du tumulte de la ville, la maison de province offre un refuge paisible pour la flânerie, la lecture, les jeux de l’amour ou la création artistique. La temporalité s’accorde souvent aux longues vacances d’été, celles de l’enfance qui semblaient durer une vie et qui favorisent l’indolence la plus complète. Un environnement langoureux dans lequel les aiguilles des horloges semblent tourner plus lentement, voire se figent : le temps n’a plus cours dans ce monde hors du monde.
Jacques Rivette, notamment, a plusieurs fois privilégié cette disposition formelle : la maison du 7bis de la rue du Nadir-aux-Pommes est ainsi le terrain de jeu pour l’imagination fertile de Céline et Julie (Céline et Julie vont en bateau, 1974) ; les étudiantes d’art dramatique vivent en vase clos au sein d’un pavillon de banlieue parisienne dans La bande des quatre (1988) ; et c’est dans une grande bâtisse provençale que le célèbre Frenhofer s’échine à peindre La belle noiseuse (1991). Ces espaces repliés sur eux-mêmes offrent un écrin idéal à la créativité théâtrale, à la fois décor naturel, architecture ludique et asile de l’esprit. Un cadre que transpose à sa manière L’Échappée belle.
09:15 Publié dans Cinéma | Tags : l’Échappée belle, bref été de rêverie, zone critique, sylvain métafiot, jacques rivette, louis malle, raoul vaneigem | Lien permanent | Commentaires (0)
jeudi, 04 juin 2026
Les graines du figuier sauvage : l’ennemi intime

C’est en tant qu’exilé que Mohammad Rasoulof a présenté Les Graines du figuier sauvage au dernier festival de Cannes. Le cinéaste a fui l’Iran afin d’échapper à une peine de huit ans de prison pour « collusion contre la sécurité nationale ». Le film dépeint avec brio l’autocratie miniature d’une famille au bord de l’implosion, en regard du régime de terreur patriarcal iranien ébranlé par la révolte populaire du mouvement « Femme, Vie, Liberté ».
Si un film est en partie un document sur ses conditions de réalisation, Les Graines du figuier sauvage constitue un enregistrement édifiant sur les difficultés à exister en tant que cinéaste et à raconter la vie d’un pays aussi autoritaire et de son peuple. Mohammad Rasoulof fait partie de ces réalisateurs iraniens maintes fois emprisonnés, contraints de fuir leur pays, à l’instar de Mostafa Aleahmad ou Jafar Panahi. Tourné sur place en toute discrétion et bravant la censure, le film fut monté en dehors du pays, à l’abri du regard inquisiteur des mollahs. Tourner sans autorisation est déjà un acte politique indissociable du fond du propos.
Impressionné par l’ampleur des manifestations du mouvement « Femme, Vie, Liberté » en 2022 et par le courage de ces femmes dévoilées, Rasoulof transpose les enjeux politiques du plus gros soulèvement de ces quarante-cinq dernières années dans le cadre feutré d’une famille de la capitale. Soit la déchirure entre un père, Iman, récemment promu juge d’instruction au tribunal révolutionnaire et ses filles, Rezvan et Sana, partisanes du mouvement de contestation. Najmeh, la mère, passera quant à elle du soutien inconditionnel à son mari à une prise de conscience graduelle de la tragédie en cours. La situation dégénère lorsque Iman soupçonne Rezvan d’avoir volé son arme de service.
09:40 Publié dans Cinéma | Tags : mohammad rasoulof, sylvain métafiot, zone critique, les graines du figuier sauvage, l’ennemi intime | Lien permanent | Commentaires (0)









