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samedi, 27 juillet 2019

De Palma au bal du diable

 

Article initialement publié sur Le Comptoir

 

Né en 2012, le blog collectif Zoom Arrière a pour objectif de passer en revue le cinéma de 1945 à nos jours en proposant un récapitulatif des films sortis via un classement d’étoiles et des liens vers les articles des contributeurs. À l’occasion de la sortie de leur premier ouvrage revisitant l’intégralité de la filmographie du réalisateur Brian De Palma, nous nous sommes entretenus avec le fondateur du projet, Édouard Sivière (auteur de « L’Esprit “Positif” : Histoire d’une revue de cinéma, 1952-2016 », Eurédit, 2017), ainsi qu’avec les contributeurs Vincent Roussel (auteur de « La Brigandine : les dessous d’une collection », Artus Livres, 2017) et Vincent Jourdan (auteur de « Voyage dans le cinéma de Sergio Corbucci »Lettmotif, 2018).

Le Comptoir : Comment est né le projet Zoom Arrière ?

Zoom Arrière, Édouard Sivière,Vincent Jourdan,Vincent Roussel,De Palma au bal du diable, Le Comptoir, Sylvain Métafiot,Édouard Sivière : Pour en expliquer les origines, il faut revenir dix ans en arrière. Sur Internet, entre 2005 et 2010, s’est fortement développée la pratique du “blogging” et une multitude de blogs consacrés au cinéma est ainsi apparue. Si certains en passaient par là pour devenir journaliste ou critique, la plupart se sont emparés de l’outil simplement pour donner leur avis, plus ou moins développé, sur les films qu’ils pouvaient voir et se sont constitués ainsi un véritable réseau. Malgré le côté “amateur”, parfaitement assumé en général, on s’est vite aperçu que dans ces espaces pouvaient s’écrire des textes dont la qualité n’avait rien à envier à ceux publiés dans la presse et que, grâce au système de commentaires, des débats enflammés et passionnants s’y déroulaient.

 

Au fil de la décennie 2010, le nombre de blogs a diminué, beaucoup ont fermé ou ralenti leur activité et les débats se sont progressivement déplacés vers les réseaux sociaux. Mais en 2012, alors que c’était encore l’effervescence, j’ai créé un blog collectif du nom de Zoom Arrière. J’ai tout simplement invité les blogueuses et blogueurs avec lesquels j’avais le plus d’échanges et celles et ceux qui me paraissaient écrire de la façon la plus intéressante, pour mener à bien un projet un peu fou : revisiter une à une toutes les années cinéma depuis 1945, en rappeler les événements marquants, proposer un tableau d’étoiles récapitulant les films sortis en salles et renvoyer vers les textes écrits sur nos blogs respectifs.

 

En animant cet espace de façon mensuelle, l’expérience avait une particularité : celle d’une fin annoncée. En effet, sept ans après le début de l’aventure, nous bouclerons la boucle à la prochaine rentrée en traitant l’année 2018. La question d’une suite à donner s’est donc posée ces derniers mois et l’idée de basculer sur une publication papier s’est peu à peu imposée. Le regroupement de nos textes est une chose à laquelle certains d’entre nous pensaient depuis un bon moment déjà. Par ailleurs, le hasard a fait que nous avons été plusieurs, ces derniers temps, à faire l’expérience d’un premier livre. Nous avons donc décidé de nous servir de la matière que nous avions sous la main pour proposer un ensemble de textes, réactualisant ceux déjà publiés sur nos blogs et en écrivant d’autres pour aboutir à un panorama complet de l’œuvre d’un cinéaste, en l’occurrence Brian De Palma.

 

« Les jugements portés sur les films de Brian De Palma dans notre ouvrage sont très divers, tout comme la façon dont ils sont abordés : dans les textes, l’approche peut être intime ou historique, fragmentaire ou très complète. »

 

Vincent Jourdan : À côté de l’idée collective, il y a aussi le désir de conserver une trace de nos écrits, pour ce qu’ils valent. Internet est un support volatil et nous sommes plusieurs à avoir eu des expériences frustrantes, fermetures de plate-forme ou de site. Les réseaux sociaux sont encore plus dans l’immédiat. Ils n’ont aucune mémoire. Revenir à un support physique, et au papier, au livre, c’est gratifiant. Ça correspond aussi à ce qui a formé nos cinéphilies, les ouvrages et les revues. Au cours de l’aventure Zoom Arrière, nous sommes effectivement plusieurs à avoir fait l’expérience de l’édition. Tout ceci participe d’un mouvement stimulant.

Sur quels critères avez-vous réunis la plupart des contributeurs au projet ?

Édouard Sivière : Pour un projet collectif de ce type, la constitution d’une équipe de rédacteurs peut vite s’avérer un casse-tête insoluble. On peut se retrouver à n’intéresser personne avec ça ou bien être débordé par les demandes de participation. Je n’ai donc pas eu à réfléchir bien longtemps : j’avais un groupe déjà constitué de personnes habituées à se côtoyer “virtuellement” depuis des années et dont je connaissais et appréciais les connaissances et la qualité d’écriture. Celles et ceux qui font Zoom Arrière papier sont celles et ceux qui ont contribué, à un moment ou à un autre, au blog Zoom Arrière. Le fonctionnement, totalement “amateur” encore une fois, s’en trouve grandement simplifié. Ce choix a une conséquence importante, et bénéfique à mon avis : nous vivons aux quatre coins de la France, généralement loin géographiquement comme professionnellement du monde du cinéma, nous venons d’horizons divers et nous avons construit notre cinéphilie chacun différemment. Nous ne voyons et n’apprécions pas forcément les mêmes films, loin de là. Zoom Arrière n’a donc rien d’une rédaction au sens traditionnel du terme, au sein de laquelle une ligne directrice serait suivie par un groupe homogène. Ainsi, les jugements portés sur les films de Brian De Palma dans notre ouvrage sont très divers, tout comme la façon dont ils sont abordés : dans les textes, l’approche peut être intime ou historique, fragmentaire ou très complète. Personnellement, j’apprécie cette variété et je pense qu’elle peut intéresser le lecteur, à qui plusieurs pistes sont proposées.


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L’Impasse (1993)

Pourquoi avoir choisi le réalisateur Brian De Palma comme sujet de votre premier livre collectif ? De quelle manière s’articule l’ouvrage ?

Édouard Sivière : Pour exposer le projet à mes camarades, j’ai tout simplement choisi un cinéaste parmi ceux qui avaient le plus inspirés de textes sur nos blogs. Le test ayant été validé par tous, il a paru naturel d’en faire notre premier volume, ce qui avait, de plus, l’avantage de reporter le débat au numéro suivant. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les livres consacrés à des cinéastes ne manquent pas. Si l’on ajoute revues et numéros spéciaux, il en sort même quasiment un par semaine. En revanche, l’approche du “film par film” ne me semble pas, ces dernières années, très répandue, surtout en soumettant l’œuvre à des jugements divers comme nous le proposons. Partant de ce principe, il fallait être exhaustif et revenir sur tous les longs métrages du cinéaste. Or, le cas De Palma est particulièrement intéressant puisqu’il a signé plusieurs œuvres devenues extrêmement célèbres et d’autres beaucoup moins connues, certaines difficiles à voir dans de bonnes conditions. Ainsi, avant de connaître ses premiers grands succès avec ses thrillers horrifiques des années 1970 (Phantom of the ParadiseCarrieFurie…), il a débuté avec des films contestataires découverts tardivement chez nous, très libres, inégaux, mais contenant déjà en germe ses figures et thèmes favoris. Par ailleurs, au cœur des années 1980, alors qu’il avait déjà acquis son statut de réalisateur “culte”, deux de ses films sont restés inédits dans les salles françaises, deux comédies : Home Movies, avec Kirk Douglas, et Wise Guys, avec Danny DeVito. L’intérêt était donc de pouvoir se pencher à nouveau sur les grands classiques de sa filmographie tout en découvrant ces titres-là, rarement commentés. Autant l’avouer tout de suite, nous n’avons pas exhumé de joyaux oubliés mais ce cinéma est si obsessionnel que même les films les moins fameux contiennent de quoi satisfaire du point de vue “auteuriste”. Dans notre livre, une première partie est donc constituée d’un ensemble de textes portant sur tous les longs métrages, présentés chronologiquement, avant qu’une seconde partie en propose un autre, des écrits cette fois plus thématiques, croisant les œuvres de De Palma avec celles d’autres créateurs. Un tableau d’étoiles reprenant les 29 longs métrages conclut l’ouvrage, exercice qui peut paraître puéril ou prétentieux mais qui a, selon moi, le double mérite de  représenter la variété des jugements et d’offrir une vue d’ensemble sur l’évolution de la carrière.

 

Vincent Jourdan : En très grande majorité, nous faisons partie d’une génération qui a découvert le cinéma entre la fin des années 1970 et le début des années 1990. Donc qui a été marquée par les cinéastes américains de ce que l’on a appelé le Nouvel Hollywood et plus particulièrement le groupe des movies brats [les affreux-jojos du cinéma] qui comprend Steven Spielberg, Martin Scorsese, Francis Ford Coppola, George Lucas, et Brian De Palma qui en est une figure essentielle. Aimés ou non, ce sont des gens que nous avons suivi avec passion et qui se sont donc retrouvés prendre une place de choix dans nos écrits. Le cinéma de De Palma, moins homogène, plus aventureux dans son histoire, était un sujet des plus riches.

 

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De gauche à droite : Ron Howard, Steven Spielberg, Martin Scorsese, Brian De Palma, George Lucas, Robert Zemeckis et Francis Ford Coppola

Quel est votre rapport personnel au cinéma de Brian De Palma ? Comment l’avez-vous découvert ?

Édouard Sivière : Je suis le coordinateur de cet ouvrage mais paradoxalement, je suis l’un des moins “depalmien” d’une équipe qui comporte plusieurs aficionados. J’ai eu, depuis toujours, un rapport fluctuant à son cinéma, changeant même d’avis sur certains de ses films avec le temps, dans un sens ou dans l’autre. Après avoir été très impressionné par Scarface dans ma jeunesse, je l’ai revu avec beaucoup moins de plaisir ces dernières années. En revanche, j’avais sous-estimé Carrie une première fois alors qu’il m’apparaît maintenant comme un titre majeur de sa filmographie. Vus en salles, Redacted m’a absolument hérissé alors que Snake Eyes m’avait bluffé. J’oscille ainsi depuis longtemps. Mon plus lointain souvenir remonte à 1987, au moment de la sortie des Incorruptibles, film qui avait emballé l’adolescent lecteur du magazine Première que j’étais. Ne l’ayant pas revu depuis, j’ai voulu le réexaminer pour l’occasion et écrire à son sujet. Il reste l’un de mes préférés et l’un des mieux équilibrés d’un auteur enclin à tous les excès stylistiques et référentiels.

 

Vincent Roussel : Il y a quelques années, les Cahiers du Cinéma proposèrent à leurs lecteurs d’écrire un texte sur une émotion de cinéma, « un coup de hache qui a brisé la mer gelée en vous » selon les mots de Kafka. J’avais alors opté pour Pulsions de De Palma, un film qui impressionna durablement, et pas seulement pour sa dimension “érotique”, l’adolescent que je fus. À une époque où je ne jurais que par l’horreur et le fantastique, des films comme Carrie ou Phantom of the Paradise découverts à la télévision ou en VHS, furent essentiels car ils me permirent de comprendre que le cinéma de “genre” (même si on n’utilisait pas alors ce terme galvaudé) pouvait être porteur d’un regard incroyablement personnel. De Palma fut l’un des rares cinéastes, avec Lynch et Cronenberg, à me permettre de faire le pont entre mes goûts d’adolescence et une cinéphilie plus “orthodoxe”. Le premier de ses films que j’ai pu voir au cinéma fut Le Bûcher des vanités. Par la suite, et même s’il est demeuré un de mes cinéastes préférés, je ne lui ai pas toujours été fidèle. Je peux même confesser qu’à cause d’une malheureuse critique négative publiée dans Télérama, j’ai manqué L’Impasse lors de sa sortie en salles ! Il va sans dire que j’ai depuis résilié mon abonnement à l’hebdomadaire et que je ne loupe plus aucune de ses nouveautés.

 

« Chez De Palma, il y a un double mouvement permanent entre l’embaumement de la forme classique et une constante démystification de ces formes puisque l’image est un piège permanent. »

 

Vincent Jourdan : C’est quelqu’un qui m’a marqué très tôt, à une époque où je n’avais pas encore le droit d’aller voir ses films, parce que j’étais trop jeune. Les bandes annonces de Carrie et d’Obsession m’ont traumatisé. J’ai sauté le pas avec Body Double en 1984 et je lui suis resté fidèle jusqu’au Dahlia noir. Je l’ai toujours trouvé intéressant, même dans des films que je pense ratés comme Femme fatale. J’ai une prédilection pour la dimension romantique de ses films comme dans L’Impasse et sa veine classique. Mais ce que je trouve passionnant, c’est la façon dont ça cohabite avec son côté noir, un sens de l’humour un peu cruel.

 

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Scarface (1983)

De Palma semble se démarquer de ses petits camarades du Nouvel Hollywood par l’emphase visuelle dont il affuble autant ses comédies que ses thrillers. Comment définiriez-vous son style ?

Vincent Jourdan : S’ils ont tous leur style, reconnaissable en quelques plans, je vois plus leurs points communs. À commencer par la façon dont leur cinéma se nourrit d’une cinéphilie qui puise dans l’âge d’or hollywoodien. Le rapport à Hitchcock chez De Palma, quoiqu’il s’en soit parfois défendu, est flagrant sur la forme comme sur les thématiques, l’humour noir et l’idée même du cinéma à la fois comme spectacle et comme art, donc capable d’aller explorer l’âme humaine. Mais son rapport à la violence est similaire à celui de Coppola ou de Scorsese, son goût ludique de la technique est le même que celui de Spielberg ou Lucas. Ils se sont souvent consultés les uns les autres. On retrouve chez tous les marqueurs de leur génération : la guerre du Vietnam, la méfiance envers les institutions, la nostalgie d’un temps où l’Amérique semblait moins compliquée et son cinéma plus pur. Il me semble que l’on a voulu mettre De Palma un peu à part de façon artificielle, parce que ses films n’avaient pas le même succès, et parce que son discours était très critique sur l’évolution d’Hollywood, du moins jusqu’au succès des Incorruptibles. Au fond, je dirais que c’est un romantique contrarié avec un rien de misanthropie et qu’il est plus intéressé par les scènes (qu’il peut rendre mythiques) que par la structure générale de ses films.

 

Édouard Sivière : Son style est aisément reconnaissable parce qu’il reprend d’un film à l’autre, et depuis ses débuts, des procédés de mise en scène et des thèmes bien définis. À chaque fois, nous retrouvons donc, d’une part, du split-screen, du ralenti, des travellings circulaires, des plans avec double mise au point, et d’autre part, des variations sur le voyeurisme, des réflexions sur la surface et la profondeur, sur la vérité des images… De Palma fait un cinéma qui n’a rien de discret, qui repose sur l’effet et qui pousse, dans la plupart des cas, le spectateur à réfléchir sur cet effet. À côté de mes camarades, je prendrai un peu le mauvais rôle en disant qu’il me semble souvent courir le risque de paraître grossier ou lourd ou encore superficiel. Ainsi, la comédie, qui demande généralement de la légèreté ou bien une certaine innocence dans le burlesque, n’est pas le genre dans lequel il réussit le mieux. De même, ses films les plus directement politiques, tel que Redacted, sont pour moi encombrés par leurs discours, et dans ses fameux thrillers, on peut tomber sur plusieurs moments flirtant avec le ridicule. Il s’agit alors de les accepter ou pas. Cependant, même si l’on trouve ce cinéma inégal, il est évident que, lorsque nous nous trouvons en phase avec lui, il se révèle enthousiasmant. Lorsque les effets de mise en scène se trouvent justifiés en fonctionnant par exemple comme le prolongement logique des gestes ou des regards des personnages, comme dans Carrie ou Snake Eyes, le spectaculaire devient totalement excitant.

 

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Carrie (1976)

 

Vincent Roussel : En deux mots, je dirais que De Palma est, pour moi, un immense cinéaste maniériste. Paradoxalement, ce qu’on appelle le Nouvel Hollywood n’a jamais été tenté par la “modernité” comme purent l’inventer les cinéastes des “nouveaux cinémas” européens dans les années 1960 et 1970, la Nouvelle Vague française en premier lieu. Ce que remirent à l’honneur Coppola, Cimino, Spielberg, c’est un néo-classicisme parfois tenté par la grande forme (Le ParrainLa Porte du paradis, etc.). Après des débuts placés sous le signe de la modernité (ses premiers films – pas les meilleurs – sont très influencés par ceux de Godard), De Palma fut sans doute le seul à conserver ce goût pour une certaine distanciation et un regard critique sur son propre médium. Ce que je définirais comme le “maniérisme”, c’est une façon de se réapproprier les formes classiques (ses nombreuses relectures des scènes mythiques d’Hitchcock), de les “figer” en les refaisant indéfiniment (exemplairement, la scène de la douche de Psychose) et en leur imprimant un style à la fois personnel et unique, ce que vous appelez “emphase visuelle”, avec son lot de ralentis, de split-screens, de mouvements de caméra incroyables… Chez De Palma, il y a un double mouvement permanent entre l’embaumement de la forme classique et une constante démystification de ces formes puisque l’image est un piège permanent. On peut trouver certains de ses films inégaux mais c’est valable pour ses compères du Nouvel Hollywood et je trouve que cette exigence du style fait de lui le cinéaste le plus passionnant de sa génération.

Édouard Sivière, vous êtes l’auteur d’un essai consacré à la revue Positif (L’Esprit “Positif” : Histoire d’une revue de cinéma, 1952-2016). Quel regard portez-vous sur l’évolution de la critique ciné et plus particulièrement de la pérennité des revues et magazines spécialisées face à l’émergence des blogs et des vidéastes sur Internet ?

Zoom Arrière, Édouard Sivière,Vincent Jourdan,Vincent Roussel,De Palma au bal du diable, Le Comptoir, Sylvain Métafiot,Édouard Sivière : Un regard extérieur et de plus en plus détaché. J’observe surtout un éclatement considérable et une multiplication des espaces, en même temps qu’une réduction de ceux-ci, de plus en plus petits, avec de moins en moins d’influence sur le “grand public”. La web-cinéphilie n’a pas concurrencé la critique traditionnelle mais l’a complétée. Si une revue comme Positif l’a ignorée, d’autres l’ont intégrée, comme les Cahiers du Cinéma ou La Septième Obsession. La critique n’en a pas été fondamentalement changée et la pérennité de ces publications est encore une bonne nouvelle par les temps qui courent, difficiles pour tous comme le montre le virage tout-numérique qu’ont dû prendre, contraints et forcés, les Fiches du Cinéma, autre revue historique. Cette critique doit faire face, plus globalement, à la crise de la pratique cinéphile, celle du spectateur (et donc du lecteur). La cinéphilie devient une niche et les revues et les sites spécialisés doivent batailler maintenant dans ce seul espace-là. J’en fais l’expérience là où je vis : le cinéma d’auteur, le cinéma étranger non-hollywoodien, disparaissent quasiment des salles une fois passée la périphérie des grandes villes. Le public concerné vieillit et n’est pas “remplacé”, les séances d’art-et-essai font deux ou trois spectateurs… Si les séances “jeune public” parviennent encore à attirer, les âges intermédiaires semblent avoir complètement délaissé la salle de cinéma, sauf, évidemment, pour les sorties occasionnelles de consommation de blockbusters. Les exploitants ont bien du mérite et on comprend que certains laissent tomber pour ne se consacrer qu’aux grosses sorties. De son côté, la télévision a lâché l’affaire depuis longtemps et le contentement du cinéphile ne peut aujourd’hui passer que par un système d’abonnement aux chaînes spécialisées ou aux sites internet de VOD, ou alors par le téléchargement et le streaming. Ainsi la transmission se fait de plus en plus difficilement et le circuit se fait de plus en plus fermé.

D’autres ouvrages estampillés Zoom Arrière sont-ils prévus à l’avenir ? Si oui, qui sera mis à l’honneur ?

Édouard Sivière : Bien sûr, nous espérons publier d’autres volumes et proposer une collection d’ouvrages sur des cinéastes. La périodicité n’est pas définie mais l’idéal et le raisonnable nous semblent être un rythme semestriel. Nous avons de toute façon la liberté de fonctionner selon nos envies et nos modestes moyens. Zoom Arrière est une auto-édition, un projet de temps libre lancé par des personnes actives par ailleurs, loin du cinéma. Le principe économique est le plus basique, reposant sur les possibilités de l’impression numérique qui permet des petits retirages, quasiment “à la demande”, et les ventes d’un numéro assurant juste la fabrication du suivant. Nous ne subissons pas la pression que connaissent les éditeurs et les animateurs de revues de cinéma actuellement. Nous avancerons comme nous le pourrons.

 

« La web-cinéphilie n’a pas concurrencé la critique traditionnelle mais l’a complétée. »

 

Pour la suite, les noms de cinéastes se bousculent, d’autant que nous ne voulons pas nous cantonner à un type de réalisateur, à une sphère géographique ou à une époque. Nous essaierons ainsi de changer de direction à chaque fois. Le prochain ne sera donc pas américain et n’officiera pas dans le “cinéma de genre”. En fonction des principes que nous avons établi, il faut que la filmographie soit suffisamment développée et qu’il y ait encore des choses, sinon à découvrir, au moins à éclairer de nouveau. Il faut aussi que l’œuvre soit suffisamment accessible. Une bande de cinéphiles amateurs s’étant constituée sur Internet et dont les trois quarts des membres habitent en province ne saurait effectuer le travail de défrichage de chercheurs, d’enseignants, de critiques… Il nous sera difficile, voire impossible, de nous pencher sur des auteurs particulièrement méconnus. Mais à ce côté peut-être un peu “attendu” que pourrait prendre cette éventuelle collection, nous avons pensé opposer une parade : insérer de temps en temps un volume plus transversal, non consacré à un cinéaste mais à un thème ou une période, afin de sortir des sentiers battus. C’est ce qu’aime faire régulièrement tout vrai cinéphile.

 

Sylvain Métafiot

 

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