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samedi, 05 juillet 2008

Problème de vocabulaire I

Le Libéralisme

 

A l’Heure où Olivier Besancenot est en train de créer un parti antilibéral fédérant les déçus de la gauche et de l’extrême gauche, le libéralisme semble être la cible à abattre. Le mal à éradiquer. Que ce soit au Journal Télévisé, dans les journaux, à l’université, à la radio, dans les discussions entre amis, la chose est entendue : on est soit libéral soit antilibéral mais jamais nuancé.

 

La difficulté de parler sereinement du libéralisme est que ce terme fut confisqué par la droite conservatrice dans une optique purement économique. Le libéralisme a commencé à se répandre à la fin du XVIIIe siècle avec les physiocrates et surtout avec Quesnay, pour qui la croyance en un ordre naturel voulu par Dieu engendre nécessairement la liberté économique. Cette doctrine dominera le monde économique jusqu’en 1914 et évoluera vers le néolibéralisme. Ainsi, est libéral celui qui est pour l’autorégulation du marché (la main invisible d’Adam Smith), le libre-échange à tout va, la non intervention de l’Etat dans l’économie (alors que les libéraux font intervenir l’Etat dans l’économie mais pour d’autres raisons), la suppression des monopoles publics par leur privatisation, la disparition des services de protection sociale et médicale, etcetera, etcetera. C’est vrai ! Mais, uniquement dans le sens ECONOMIQUE du terme. De fait, on pourrait lui opposer le Keynésianisme, l’alter-mondialisme, la décroissance, le communisme comme système économique global ou local.

 

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Politiquement et philosophiquement, c’est une autre histoire. La doctrine libérale s’est forgée essentiellement au XVIIIe siècle pour s’opposer à l’absolutisme monarchique, mais sans pour autant reprendre à son compte les analyses relatives à la souveraineté populaire de Jean-Jacques Rousseau et leurs implications. Le libéralisme, tout comme l’individualisme et le matérialisme, sont des notions philosophiques issues des Lumières. Elles traduisent, respectivement, la diversité politique et la libre expression des opinions ; le respect des droits fondamentaux de l’homme et de ses libertés individuelles ; et le rejet de toute les croyances idiotes telles que la métaphysique, l’astrologie, les superstitions, les religions, au profit de l’acceptation du réel tel qu’il est et non tel que l’on voudrait qu’il soit. On se souvient du (mini) tollé lorsque Bertrand Delanoë déclara qu’il était libéral. Quoi ?! Et il se prétend socialiste ? Vendu ! Traître (tous les sociaux-démocrates sont des traîtres aux yeux des vrais « gauchistes ») ! Suppôt du grand capital ! Etc., etc. C’est oublier qu’il se déclarait libéral politiquement et hostile au dogmatisme du marché économique. En ce sens, tout démocrate qui se respecte est libéral - qu’il soit de droite ou de gauche - car : il doit obéir au principe de séparation des pouvoirs, théorisé par Locke et Montesquieu ; adhérer à la démocratie représentative et parlementaire, seul forme de démocratie permettant de donner fondamentalement le pouvoir au peuple et de le faire exercer par l’élite (l’élection servant de filtre et interdisant toute dictature abusive de la majorité populaire) ; l’Etat est soumis au droit, qui garanti à l’individu des droits et des libertés inaliénables, et notamment le droit de propriété.

 

Ne confondons donc pas (malgré quelques connexions) la doctrine économique de la libre entreprise, selon laquelle l’Etat ne doit pas, par son intervention, gêner le libre jeu de la concurrence, et la doctrine politique visant à limiter les pouvoirs de l’Etat au bénéfice des libertés individuelles et de la tolérance.

 

Sylvain Métafiot

11:14 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (2)

 

Commentaires

 

Ahem... A ceci près que ce n'est pas Didier qui a rédigé ce modeste article mais moi - le troisième homme - Sylvain Métafiot, pour vous servir.

 

Une semaine sur le libéralisme dans "Les nouveaux chemins de la connaissance" présentés par le brillant Raphaël Enthoven : http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture/emissions/chemins/index.php
Vive France Culture !

Les commentaires sont fermés.